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Message(#) Sujet: ❝but the world keeps turning, and your heart keeps burning.❞ (laron) Jeu 14 Mai - 14:28

❝ you are like a season, always changing feelings.
you always liked to roam, every time you’re leaving.
i keep finding reasons to make you my own. ❞


Il est là. Ce trou, en plein milieu. Qui ne cherche plus qu’à se remplir. Remplir de quoi ? D’un vide qui, inexorablement, s’élargit au fil des secondes. Il va bientôt tout faire exploser autour de lui. Il ne restera plus rien.
Personne ne pouvait plus rien y faire.
Alors il cherche une réponse. Haletant, il demande de l’air, ses poumons ne veulent plus se remplir que d’oxygène. Il veut le soleil sur sa peau, la chaleur sur sa joue et la flamme dans son cœur. Mais il a déjà perdu tout ça. Il a tout parié et il a tout vu s’envoler à une vitesse telle qu’il n’a rien pu y faire. Il cherche une main réconfortante de ses doigts tremblants, un visage souriant de ses yeux pleins de larmes. Ça fait longtemps qu’il n’y a déjà plus personne. Pourtant, il reste toujours cette voix qui hante son esprit, chuchote des mots tantôt doux et souvent terribles au creux de ses tympans. Perdue sous un tas d’encre et de poussière, il cherche le cours de son existence. Sa vie est partie sans lui. Elle aussi l’a abandonné, devant l’être misérable et plein de chagrin qu’il est devenu. Rien ne changera plus sa destinée désormais, puisqu’elle-même l’a laissé tomber.

Aron n’était plus qu’une poche d’air. Un squelette vacillant, dépourvu de la moindre humanité. Pour la première fois, il se sentait vide de sens, d’intérêt. Plus rien en lui ne valait la peine. Et il n’avait aucune idée de comment y remédier. Ça faisait beaucoup trop mal pour le supporter – beaucoup trop douloureux pour tenter d’apaiser sa peine. Les iris perdus dans les profondeurs de son sixième bourbon, il semblait chercher quelque chose qui ne se trouvait définitivement pas au fond de son verre. Mais il continuait, creusant mentalement entre les glaçons, dans les profondeurs de la boisson. Il ne put retenir une légère toux, symbole de sa toute nouvelle habitude toxique, et il serra instinctivement son paquet de cigarettes de sa poche au même instant, comme pour se rappeler à lui-même quelle dangereuse voie il prenait. Personne ne lui ordonnait de faire demi-tour. Alors il irait, là, tout droit, droit vers là où ça fait encore plus mal. Droit vers le noir, l’abysse, la fin. Tout droit à sa propre perte, sans se retourner, sans plus voir ceux qui étaient déjà là et qu’il avait pourtant décidé d’ignorer. Et les poches de vide noirâtres sous ses yeux, son teint blafard et sa vilaine barbe trop hâtivement rasée venaient compléter le tableau, rappelant à qui voulait bien le voir qu’il était devenu comme eux. Comme les autres.
Comme tous ces êtres qui cherchent dangereusement des réponses à des questions qu’ils n’ont même pas. Il était devenu tous ces autres, bien trop accablé par la douleur pour apercevoir la lumière au bout du tunnel. L’allégorie misérable du malheur, découragé de trouver une quelconque aide dans un monde devenu indéniablement trop hostile pour envisager, ne serait-ce qu’une seule seconde, sortir la tête de l’eau. Il coulait, inexorablement, vers le fond de sa propre existence, sans jamais apercevoir le moindre bras tendu dans sa direction.
Sa gorge ne brûla même pas tandis qu’il avala d’une traite ce verre qu’il avait réchauffé des yeux à force de trop l’observer sans rien dire. Relevant la tête vers le serveur, il ordonna la même chose, avant de s’éclipser en direction du coin fumeur. Sans s’en apercevoir, il inhalait déjà toute cette merde nocive, observant d’un regard complètement inerte la fumée qui virevoltait tout autour de lui. Il était trop vieux pour penser que la clope le rendrait cool. Mais il avait cru, un instant, pouvoir camoufler sa peine derrière la petite flamme de son zippo trop bon marché pour ne pas être de la contrefaçon. Il avait essayé de la noyer, cette putain de douleur, au fond de tous les verres, sans y arriver que transitoirement. Alors il avait essayé de la brûler, mais rien n’avait semblé y faire. Tant pis ; il comptait continuer encore un moment d’abimer son foi et de noircir ses poumons. Assez longtemps, il l’espérait, pour ne plus en avoir besoin, au moment où la lumière se rallumerait. C’était à peine s’il y croyait encore, pourtant.

Ça faisait longtemps qu’il n’entendait plus rien de ces discussions d’adulte qui se donnaient autour de son comportement d’adolescent en quête de sensation. Cette carcasse pleine de rien déambulait à présent entre les êtres dont les bulles commençaient à pétiller dans la tête. Il tanguait maladroitement, prêt à s’écrouler sur le moindre élément qui viendrait déranger sa trajectoire incertaine. Il ne se souvenait même plus vraiment avoir terminé sa clope, mais il était retourné dans cet enfer qu’il haïssait de toutes les forces qu’il lui restait encore. Il ne portait plus ce masque de bonheur apparent, il n’en avait plus la foi, et pourtant, oui pourtant il était toujours là. Peut-être que son cœur le gardait dans ce lieu, l’obligeait à affronter son existence, ses responsabilités.
Ses tempes battaient au rythme de tous ces litres qu’il entassait dans ses veines depuis bien trop longtemps. La musique chauffait son corps, il entendait des notes que tout le monde chantait et qu’il n’avait jamais entendu. Il retrouva lamentablement son chemin en direction du bar et y trouva les trois verres qu’il avait commandés avant de partir. Son ardoise devait déjà être impressionnante, maintenant qu’il avait siphonné la moitié des réserves du lieu. Bientôt, on allait le virer à grand coups de pieds au cul, il le savait – mais il s’en foutait. Un petit coup de plouf pour choisir lequel des verres il ingurgiterait en premier – sa bière, une immense bière pleine de mousse comme il les aimait, qu’il but après une seule inspiration – et il s’empara d’un énième whisky. Après tout ce qu’il avait bu, il avait une furieuse envie de pisser, mais il ne pouvait pas abandonner l’un de ses verres, pas encore. Agrippant trop précautionneusement ses quelques centilitres, il s’engagea dans un véritable parcours du combattant. Traversant dangereusement la pièce, il était sur le point d’atteindre son but lorsque, sans y comprendre quoi que ce soit, il réalisa que l’un de ses verres s’était lamentablement vidé tandis que l’autre tremblait étrangement. Rehaussant les yeux, il réalisa, avec deux temps de retard, que l’alcool venait de se déverser dans sa quasi-totalité sur un décolleté plutôt intéressant, et indéniablement inabordable. Rien de tout ça ne l’intéressait, alors, sans même observer le regard de celle à qui il infligeait ce numéro ridicule, il éclata de rire, réussissant à placer quelques mots entre deux inspirations. ❝ Faut pas s’habiller comme ça pour sortir heeeein, ça attire pas que les gros pervers, apparemment t’es aussi un aimant à alcool. Va falloir me rembourser tout ça, princesse. ❞ Impossible de dire s’il était vraiment sérieux, ou pas du tout. Dans tous les cas, il lui suffirait d’un temps réduit pour oublier cet incident ridicule ; mais déjà, tous les yeux se posaient sur ce monstre de gamma j’suis tellement fière d’ma blague, omg et d’absurdité. Il ne put retenir un rire. Sans apercevoir ces yeux qu’il connaissait bien, qui dansaient sur son corps. S’il avait pu la voir, il y aurait surement lu une sorte de détresse, d’interrogations douloureuses et de remise en question. Mais il ne la vit même pas. Qu’importe, il n’avait plus vraiment envie de pisser, alors il retrouva, une nouvelle fois, son chemin vers le bar. Non sans mal, mais sans jamais s’excuser du moindre tord. Il y avait un moment qu’il n’était déjà plus Aron, de toute façon.
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Message(#) Sujet: Re: ❝but the world keeps turning, and your heart keeps burning.❞ (laron) Mer 27 Mai - 4:35



just because your heart is heavy
Je le déteste. Il était revenu sans demander, il avait fracassé sans avertir. Il avait détruit, détruit, détruit. Tout ce qu’elle avait reconstruit de ses mains tremblantes s’écroulaient, tout ce qu’elle avait soulevé grâce à ses muscles épuisés tombaient. Elle n’avait que deux mains, elle ne pouvait pas tout rattraper, elle ne pouvait pas tout reconstruire. Elle n’avait qu’une seconde à la fois, elle était fatiguée de toujours voir le temps couler plus vite qu’elle ne le pouvait. Je le déteste. Il faisait encore mal, il avait appuyé là où sa peau avait déjà été violette, là où elle avait déjà trop saigné. Elle saignait encore. Elle voulait qu’il parte. Elle lui avait dit de partir.
Pourquoi ne quittait-il pas ses pensées ?
Comment était-elle censée retourner à la journée d’avant, la journée avant qu’elle ne comprenne ce que ça faisait d’aimer et d’haïr en même temps ? Comment on fait pour retourner dans le passé?
Laura était douée pour passer à autre chose. Elle l’avait déjà prouvé, non ? Il lui suffisait de tourner la page, de fermer les yeux et d’effacer ce moment désagréable, d’éteindre les flammes et de tuer l’espoir. Il n’était plus que passé. Des souvenirs amers et doux, des beaux moments et des véritables cauchemars. Il avait déjà tout détruit, elle ne pouvait pas le laisser faire plus de ravages encore. Elle ne pouvait pas, parce que c’était tout ce qu’il était maintenant : un désastre ambulant. Un fantôme de ce qu’il avait été, un ange déchu, un dieu qui avait compris qu’il était mortel, au final.
Elle aurait tellement aimé l’aider, avoir des mains magiques et pouvoir le sauver de sa misère. Mais elle n’avait que vingt-et-un ans et n’arrivait même pas à se sauver elle-même.

Elle se répéta la même petite phrase pendant des jours. Je le déteste. Dès qu’il revenait dans ses pensées, dès que quelque chose lui rappelait cette rencontre sur le pas de sa porte ou même tous les moments qu’ils avaient partagés. Il n’y avait plus d’ils. Il finit par ne plus être qu’un pincement au cœur, une nostalgie de ne pas avoir pu faire autrement. Elle se perdait à nouveau dans des yeux marron et oubliait tout le reste. Les études, la routine, la vie ordinaire. C’était ce qu’elle voulait, c’était ce qu’elle s’était construite pendant tout ce temps. Elle gardait son esprit occupé, elle compartimentait ses pensées, les rangeait, en enfermait certaines à clés. Ce n’était pas le moment de douter.
Elle avait tout fait pour l’oublier. Au final, elle se surprit à le détester. C’était plus facile comme ça. Oublier tout ce qui l’avait fait hésiter, tout ce qui l’avait laissé à bout de souffle. Trier, jeter, recycler. Il ne restait plus que le mauvais, parce que Laura était douée pour ça, elle savait détester, elle savait comment ne plus voir que les mauvais côtés. Elle ne voulait plus voir que ses mauvais côtés. Il lui avait déjà trop fait mal en la laissant tomber de haut. Elle s’était crashée, elle aussi, du haut de ses nuages, on lui avait coupé les ailes. Je le déteste. Tout était de sa faute. C’était un mensonge, mais elle voulait y croire.

Lorsqu’elle vit sa silhouette, elle crût à une blague. L’univers se jouait-il d’eux? Riait-il, dans ses ombres et ses lumières, devant leur triste histoire? Elle appréciait sa soirée, n’appréciait pas tous les gens et les raisons l’ennuyaient, mais Laura avait besoin de sortir de son cocon, de voir d’autres personnes que celle qui était devenue sa douce moitié. Et, bon, elle avait été un peu obligé d’être là, sa collègue lui arrachant constamment les oreilles à propos de cette soirée. Mais il était là. Elle aurait dû le savoir. Elle aurait dû s'en douter. Elle aurait dû rester dans son cocon, dans sa bulle. Laura pigeait toujours les mauvaises cartes dans le jeu de la vie. Je le déteste, je le déteste, je le déteste. Le problème, quand on répétait trop souvent les mêmes mots, c’était qu’après un moment, il perdait tous leurs sens.
Il était misérable. Plus misérable encore que la dernière fois, un triste portrait, comme si on avait effacé tout ce qu’elle avait déjà aimé pour ne plus laisser que quelques lignes brouillonnes. Ses mains la suppliaient de l’aider, de redessiner ses traits là où il avait tout perdu et son cœur pinçait trop fort, mais elle décida de l’ignorer. Elle l’ignorerait, parce qu’elle était une adulte, parce qu’elle n’avait rien à lui dire, parce qu’elle avait peur. Mais même sa tête n’arrivait pas à convaincre tout le reste de ne pas rester sur son chemin. Parfois, elle se détestait elle-même.
Il avait le pas peu adroit d’une personne qui avait trop bu. Il faisait pitié, il avait l’air ridicule, les gens se contentaient de regarder ailleurs lorsqu’ils remarquaient son état. C’était triste, et Laura devait se retenir de tout son corps pour ne pas intervenir. Bon sang, elle ne pouvait quand même pas le laisser faire un coma, là, ici, non? Il approchait, ses pas fragiles, son regard lointain. Elle entrouvrait les lèvres pour parler, décidant qu’elle le mettrait dans un taxi et le laisserait faire son chemin. Il ne se souviendrait même pas d’elle, pas dans l’état dans lequel il était. Mais un pas d’un mauvais côté et une carte de plus mal tirée. L’alcool était froid contre sa peau, à peine coulait-il, imbibant chaque ficelle de sa robe, qu’elle le sentait coller contre elle. Il regardait son verre vide, il riait aux éclats, ses paroles lui semblaient presque à des milles d’elle, à des kilomètres de ce qu’elle aurait pu l’imaginer dire.

Elle le détestait encore plus. Elle le haïssait. Pourquoi? Pourquoi avait-il à être là, à cet endroit, à gâcher sa vie comme ça, constamment, à lui rappeler comment elle ne pouvait rien y faire, comment elle était trop jeune, comment il était perdu et qu’elle n’avait pas de carte à lui donner ? Elle détestait cette confusion, elle détestait ne jamais savoir sur quel pied se tenir, elle détestait tout de tout ça, absolument tout. Elle le vit aller s’asseoir au bar, recommencer à boire. Il avait déjà tout oublié de ce qu’il venait de se passer, elle le savait. Elle le détestait encore plus pour ça. Elle hésita un instant à aller lui parler. Elle avait peur de lui, parfois, peur qu’il fasse encore plus mal. Mais elle était trop furieuse pour retenir son élan, trop humiliée sous les regards des autres, sous ses paroles. Laura alla le rejoindre au bar, lui, ce presque Aron, ce fantôme, ce naufragé. Sa main attrapa le verre qui se tenait devant lui. Elle y songea, y songea vraiment, à le lui jeter en pleine gueule, mais elle décida d’être mature et se contenta de le garder contre elle, son poing serrant si fort les contours du verre que ses jointures blanchissaient. Elle tremblait, elle n’avait pas envie de trembler. « Sérieux ? La princesse tient à te dire que sa robe a coûté beaucoup plus cher que ce foutu verre. Je pourrais te le jeter en pleine gueule si je n’me retenais pas. » Son regard bleu le dévisagea, elle était censé l’ignorer, au contraire, elle le cherchait. Des ruines, il n’était plus que des ruines. Son index encore libre s’enfonça dans son torse. « Mais t’es complètement bourré, alors je vais boire ça pour toi et t’appeler un taxi. » Elle leva le verre, lui fit un sourire tout sauf sincère et laissa l’alcool lui brûler la gorge. Ensuite, elle sortit son téléphone de sa poche, s’apprêtant à chercher le numéro d’un taxi. Sa robe était dégueulasse contre elle, mais ce n’était rien face à comment elle se sentait, comment elle avait l’impression d’être aussi pitoyable que lui au fond.
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Message(#) Sujet: Re: ❝but the world keeps turning, and your heart keeps burning.❞ (laron) Lun 1 Juin - 17:02

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Qu’est-ce qu’on fait quand on est au fond du trou ? Quand on est tombé tellement bas au point de ne plus y voir que du noir ? Quand le futur a disparu, teinté d’une brume opaque, brutalement remplacé par les songes d’un passé plus coloré ? Que faire lorsqu’on finit tellement désespéré que rien ni personne ne semble plus rien y faire ? Il ne reste plus que deux solutions. On peut décider de se retrousser les manches, mordre la poussière pour mieux la piétiner, se relever en prenant pour seule aide la douleur, et se promettre de ne plus jamais se laisser tomber emplir de détresse au point de ne même plus pouvoir la voir. Ou bien on peut se saisir d’une pelle, et creuser, creuser, creuser. Si profond et si loin qu’on finit par ne plus rien distinguer du monde qui nous entoure. Choisir de glisser dangereusement dans les profondeurs, les abymes de l’oubli, de la peur, et de la lâcheté. Ne plus ouvrir les yeux que pour apercevoir une nuit froide et sans fin. Aron avait fait son choix.
Ses rêves avaient dessiné chaque instant de son retour, chaque battement de son cœur au moment de ses retrouvailles. Ses songes avaient imaginé chacun des mots à sortir de sa bouche, avaient guidés ses bras jusqu’à ce qu’il retrouve les siens. Dans son désespoir, ses espérances avaient été jusqu’à inventer de nouveau ce sentiment bienséant de sentir un cœur battre tout contre le sien. Même ses pires cauchemars n’avaient su deviner la peine, la douleur, l’horreur d’un refus. Ils n’avaient eu l’imagination dans l’emmener aux frontières de ce qu’il considérait, depuis toujours, comme l’irréel. La terreur d’être renié. Un jour il avait été aimé, choyé, il s’était senti l’allégorie de Cupidon, battant bruyamment dans la cage thoracique de celle pour qui il avait pu tout abandonner, et à qui il aurait pu encore tout céder. Le lendemain, il n’était plus que l’ombre dérangeante, fixée au moindre de ses pas, dans l’attente terrible d’un miracle qui n’était jamais censé se produire. Se faisant tout petit, il avait doucement laissé l’espoir l’abandonner, et la désolation avait eu raison de son pauvre être, jadis pourtant plein d’espoir et de joie.
Le damné de l’île creusait douloureusement sa propre tombe. Le poids de sa peine pesait sur tous ses membres, le soleil de l’enfer frappait sa tête à grand coup de flammes ardentes. Sa poitrine remuait au rythme d’un cœur qui ne voulait dorénavant plus rester enfermé à l’intérieur de ce squelette flottant. Qui aurait simplement pu accepter une telle enveloppe d’air, vide du moindre sens, d’une quelconque émotion ? Il ne demeurait plus que lui et son amour, qui le brûlait de l’intérieur. Il pouvait sentir chaque muscle se durcir, chaque fibre brûler inexorablement au plus profond de son être. Quand l’amour ne créé pas la richesse et l’allégresse, il devient tempête, emportant tout sur son passage. Et, à la fin, il ne reste plus rien.

Il lui aurait dit qu’il était en vie, que tout n’avait pas été facile mais qu’il avait survécu grâce à son visage, qu’il avait suivi jusqu’au paquebot, et que son étoile l’avait ramené à elle. Il ne pouvait plus lui dire cela. Il n’y avait plus une once de vie en lui, et c’était à cause d’elle.
Son cœur était brisé, alors il avait décidé de casser son âme de la même façon. Chaque gorgée l’accompagnait un peu plus dans son autodestruction, au point que même son corps avait fini par lâcher prise. Incapable de s’accrocher à quoi que ce soit, ses mains tremblaient lamentablement, son être vacillait dangereusement. Il n’y avait plus rien à sauver, il avait réussi à tout détruire. A quoi bon essayer ? Même une ombre se serait révélée moins effrayante, en comparaison de ce qu’il était devenu.
Il faisait pitié mais ça n’avait aucune espèce d’importance. A qui pouvait-il bien plaire, de toute façon ? Il avait perdu le seul pour qui son cœur avait pu battre pendant ses deux longues années, vu s’éloigner l’unique raison d’un retour à la terre ferme. Alors il n’en avait plus rien à foutre et jusqu’au fond de ses yeux, dégoulinant de tristesse, on pouvait le lire.

Ignorant la route sur laquelle elle s’engageait, il avait pourtant réussi à retrouver sa trace. Oh non, l’univers ne se jouait pas d’eux – il avait simplement cette tendance à les rapprocher, encore et encore. A les glisser sur les mêmes chemins pour qu’enfin, ils daignent se regarder droit dans les yeux et s’avouer les vérités dissimulées au plus profond de leurs petits cœurs brisés. Ne dit-on pas que le destin réunit toujours ceux qui s’aiment ? Seulement, comment savoir quand on aime encore, alors qu’on a déjà pris l’habitude de forcer son cœur à ne plus battre au rythme d’un autre ? Il l’aimait encore, mais elle ne l’aimait plus – alors, il ne pouvait pas l’aimer. Il ne l’aimerait donc pas.

Là où elle l’ignora, lui ne la vit pas. Alors il continua sa route, le pantin désarticulé, mais bien rapidement, se retrouva, une nouvelle fois, noyé sous la cascade des reproches. Il avait encaissé plus que ça, alors soit – de toute façon, vu son état d’ébriété franchement avancé, tout ce qu’elle pouvait bien lui dire lui passait largement au-dessus des épaules. ❝ De toute façon elle est moche, ❞ souffla-t-il dans sa barbe. Il ne l’avait même pas vu, cette foutue robe, cette raison de leur énième dispute. Elle avait au moins eu le mérite de relier leurs deux êtres le temps d’un instant, mais Aron n’était plus certain d’en avoir envie. Lui non plus n’avait pas envie de la voir, pas aujourd’hui. Et il se foutait pas mal de ce qu’elle pouvait bien penser de lui à cet instant précis – qu’elle ait peur, tiens, au moins ça la ferait fuir. Il n’avait simplement plus la force de lutter contre elle, contre eux, contre leurs sentiments qu’ils semblaient prendre un malin plaisir à dissimuler toujours plus loin. Il n’avait plus la force de l’aimer non plus. On peut empêcher un cœur de battre pour un autre, il en était certain. Parce qu’il suffisait qu’il la regarde dans les yeux pour n’avoir qu’une seule envie : qu’elle disparaisse. De cet endroit, de cette ville, ou de sa vie, tout simplement. Puisqu’ils n’avaient plus rien à faire ensemble, il fallait qu’elle le laisse tranquille. Qu’elle le laisse partir à la dérive, c’est tout ce qu’elle voulait après tout, non ? C’était certain ; elle ne l’aurait jamais laissé s’en aller, si l’inverse avait été envisagé. Il aurait voulu lui dire qu’elle pouvait bien le lui jeter à la figure, ce foutu verre, qu’il en avait pas grand-chose à cirer au fond, et qu’au contraire ça le rafraichirait, lui qui brûlait sous les rayons d’une cuite grandiose. Mais il ne trouvait pas les mots, tout se bousculait dans la tête, il voulait tout lui dire, mais n’en était pas capable. Il est de ces rares moments où même le corps ne parvient plus à suivre. De toute façon, lui, il voulait juste boire.
Il sentit à peine son doigt se planter dans sa chair et l’observa silencieusement, un drôle de sourire aux lèvres. Ses yeux n’étaient plus que deux minuscules billes incapables de fixer le moindre détail, pourtant il l’observa silencieusement s’exécuter. Il allait répliquer autre chose, mais ne put s’empêcher de la contredire, comme à leur habitude. Sans qu’il ne s’en aperçoive, il avait déjà sa main sur son téléphone, l’empêchant ainsi d’appeler qui que ce soit. ❝ T’donne pas cette peine on s’en fout, tiens tant que t’es là profite du bon temps, ça fait longtemps nan ? ❞ Ses mots buttaient les uns contre les autres et son cerveau était à deux doigts d’exploser. Malgré tout, il attira le serveur jusqu’à lui, pas encore tout à fait lassé de ses péripéties de jeune alcoolique. ❝ On va t’prendre deux shoots de tequila, mais fais ça bien, mad’moiselle est vraiment d’mauvaise humeur ! ❞ Il parlait un peu trop fort mais sa gorge ne brûlait plus, et il avait toujours la même envie : boire. Tant que ça ne sortait pas, il fallait encore que ça rentre, voilà sa nouvelle devise. Mais tout seul, c’était moins drôle et elle était là – peut-être valait-il au moins tenter d’en profiter. ❝ J’te rembourse ta robe en verres, ça t’va ? Et après t’appelleras autant de taxis que tu veux pour ramener qui tu veux, ça m’dérange pas. ❞ Ça lui semblait être sa meilleure idée de la soirée, et pourtant, il le savait déjà : elle n’accepterait jamais.

69ème message, c'est un signe. futfut iwantyou
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Message(#) Sujet: Re: ❝but the world keeps turning, and your heart keeps burning.❞ (laron) Mar 14 Juil - 15:57



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Laura ne savait pas dire adieu. Mais qui le savait vraiment ? Qui pouvait oublier sans perdre un peu trop de soi-même au passage ? Elle s’était tenue face à ce choix et peut-être qu’elle n’avait pas fait le bon.
Elle avait toujours été un peu trop émotive. Un peu trop attachée, un peu trop aventureuse. Lorsqu’elle prenait, elle prenait tout ce qu’elle pouvait et elle donnait plus encore, elle donnait tant, sans même songer qu’elle faisait peut-être une erreur. Elle le réalisait toujours trop tard. Ce n’était pas par manque d’apprentissage, elle retenait la leçon, mais à quoi bon vivre si elle ne vivait pas tout ce qu’elle avait à vivre? Laura vivait, au maximum, à pleine vitesse. Du moins, jusqu’à ce qu’elle fonce droit dans un mur.
Elle était encore en train de se reconstruire. Elle avait été en miettes, des morceaux d’elle-même perdue à jamais. Reconstruire l’original n’avait même pas été une option, ses doigts tremblaient trop et les fissures ne semblaient jamais s’accorder comme elle le faisait si bien avant. Leur relation, ce qu’ils avaient été eux, était disparue dans le crash. Évanouie, pouf, plus rien, si ce n’était deux cœurs séparés. Et ils avaient toujours été différents lorsqu’ils n’étaient pas ensemble.
On n’effaçait pas les souvenirs, les fantômes. On n’effaçait pas les traces qui restaient sur nos corps, la mémoire d’un corps qui se pressait contre le sien lorsque la lumière d’un soleil endormi traversait leurs paupières encore fatiguées d’une nuit trop courte, la lueur d’un regard qui n’appartenait qu’à l’autre personne, la douceur de quelques mots qu’on n’entendrait plus jamais de la même façon. Il était resté en elle et elle avait tout fait pour se séparer de lui, pour repousser le plus loin possible la douloureuse solitude qui l’accablait lorsqu’elle allait dormir dans un lit qui lui avait semblé tellement trop grand pour une seule personne.
Laura avait peur. Elle était terrifiée. Même à cet instant-là, même lorsque la colère la faisait bouillir d’une rage qu’elle ne s’expliquait même plus. Pourquoi n’arrivait-elle pas à s’en foutre? Pourquoi ne pouvait-elle pas tourner la page, changer de chapitres, laisser tomber ce passé qui ne voulait plus rien dire maintenant ? Elle était terrifiée de ne jamais réussir à se séparer de lui. Elle ne pouvait pas vivre avec ça, ce poids, cette douloureuse blessure que même le temps ne semblait pas pouvoir guérir. Laura avait peur de s’attacher à nouveau, Laura avait peur de se faire encore aussi mal qu’il lui avait fait mal. Laura ne voulait plus d’un amour comme ça. Un amour tellement dévorant qu’il aveuglait, persuadant même le plus obstiné qu’il ne pouvait plus vivre sans l’autre. On ne lui avait pas laissé le choix, elle avait dû réapprendre à respirer.


Sur ses gardes, comme une louve dans une cage. Des murs l’entouraient et elle ne voulait pas les quitter, quitter cet endroit sûr qui rimait avec sécurité. Mais il était là et il la poussait toujours hors de sa zone de confort, peut-être était-ce pour cette raison qu’elle l’avait déjà aimé. On disait souvent que la raison pour laquelle on tombait amoureux devenait celle pour laquelle on tombait hors de l’amour. Laura était furieuse, Laura ne réfléchissait plus, sa tête et son cœur étaient engourdis par la douleur. L’alcool brûlait sa gorge, comme un amer rappel de l’erreur qu’elle faisait. Il était en ruines, mais elle n’arrivait pas à le laisser se détruire plus encore. La blonde ne savait pas dire adieu. Elle n’avait jamais été douée pour se séparer de ce qui lui avait déjà tenu à cœur. Elle le voyait disparaitre pour de bon devant ses yeux et elle avait plus mal encore qu’elle n’avait envie de se l’avouer. De toute façon, elle ne le dirait jamais à personne. À qui pouvait-elle bien en parler?
La seule personne à qui elle s’était déjà confiée ainsi n’existait plus. Il n’en restait plus que son ombre.
Elle avait envie de le rattraper, de l’empêcher de se faire aussi mal. La jeune femme n’était plus que des contradictions, ses envies, ses désirs, ses pensées et ses émotions se jetaient dans des directions différentes, la laissant au milieu, déchirée par sa propre personne. Pourquoi n’arrivait-elle pas à mettre un peu d’ordre dans son cœur ? Elle savait qu’elle n’en avait plus le droit, pas après tout ce qu’elle avait dit, fait, mais elle n’avait pas envie de le perdre une deuxième fois. Même s’il ne restait plus que son ombre. Elle détestait celui d’aujourd’hui, mais elle aimait encore celui d’hier. Et, au fond, ils étaient encore le même. Il restait des traces du vieil Aron dans ses yeux vides, son sourire sans bonheur portait encore les cendres des étincelles qui y avait déjà brillé. L’ébriété cachait mal toute la douleur qui fondait sur ses traits. La blonde ne supportait pas de le voir avoir mal, peu importe l’époque. Sa main interrompait son geste pour les sortir de là, de cette situation, de ce point étrange dans un chapitre qui ne faisait pas de sens. Son regard cherchait le sien, mais ne trouvait que l’absence de sa raison. Elle l’observait commander deux shots de tequilas, criant au monde entier des absurdités et elle sentait un mal de crâne naître entre ses deux sourcils.
Sa proposition ne faisait aucun sens et Laura ne devait pas en faire plus. Elle avait l’habitude de ses manèges maintenant. Les mots lui semblaient venir d’un tout autre monde lorsqu’elle les dit, haut et fort. « Tu sais quoi ? Fuck it. J’espère que t’es prêt à payer, cette robe coûtait une fortune. » L’alcool lui semblait soudainement une bonne idée. C’était la seule option qui lui restait pour remplir le trou béant qui perçait son abdomen. Pourquoi elle le sauverait, hein? Il n’avait visiblement pas envie d’être sauvé, autant ne pas le laisser se noyer tout seul. De toute façon, ce n’était pas la blonde qui pouvait traîner le plus vieux contre son grès – et elle ne s’en sentait pas la force ce soir-là. Elle attrapait le shot de tequila que lui tendait un serveur visiblement épuisé du comportement de son nouveau partenaire de soirée et elle tendait l’autre au plus vieux. Levant le sien en l’air, elle l’avala d’un trait, avant d’en demander un autre d’un geste. Elle en enchaîna deux de plus, sentant déjà la sensation d’ivresse l’emplir de sa fausse joie. Ses pensées frôlaient celui qui l’attendait chez elle, chez eux, son regard tombait sur son portable. Elle aurait pu l’appeler. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle ne le fit pas. Elle se tourna plutôt vers celui à côté d’elle, attrapant un verre au hasard et le levant vers lui. « Comme dans le bon vieux temps, c’est ça ? Je n’suis plus trop certaine qu’on ne l’a pas rêvé. » Ça lui semblait si loin. Deux ans, seulement? Elle aurait dit qu’une éternité avait passé depuis la dernière fois qu’elle s’était vraiment sentie libre et heureuse. Une autre gorgée lui brûlait la gorge, son corps lui semblait déjà plus léger, ses chaines moins lourdes qu’à l’habitude. Ses mots tombaient de sa bouche avant qu’elle n’y réfléchisse, l’alcool avait toujours eu cet effet sur elle. « Pourquoi tu fais tout pour que j’te déteste, Aron ? »

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Message(#) Sujet: Re: ❝but the world keeps turning, and your heart keeps burning.❞ (laron)

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