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Message(#) Sujet: {Flashback pour Ernstinou <3 }Trick or treat with the Devil Sam 17 Jan - 2:12








Les augures avaient été mauvaises dès le point du jour et elle n'avait pu s'empêcher de tressaillir légèrement alors qu'elle avait vu ce cortège d'oiseaux surgir des entrailles de la jungle et s'en aller à tire d'ailes et dans un concert de cris étranges et paniqués vers ce large qui ne leur était pourtant pas coutumier. Son corps s'était immédiatement redressé et elle avait senti chacun de ses muscles se bander alors qu'elle avait vu les premiers inconscients ailés paniquer, se perdre dans ces courants aériens qu'ils ne connaissaient pas, ne parvenaient pas à combattre. Et, déjà, leurs corps venaient se fracasser contre les lames de cet océan soudainement si hostile. Autour d'elle Thaïs avait regardé tous ces êtres devenus comme sa propre famille mais qui ne comprenaient pas, ne saisissaient pas ce que cet événement qu'il considérait comme étrange mais furieusement et cyniquement fascinant pouvait laisser présager. Les oiseaux fuyaient leur propre habitat... Ils fuyaient et préféraient même opter pour une mort certaine que de devoir affronter la cause de leur terreur... Ils fuyaient la jungle, cette brousse touffue et dense dont elle connaissait le moindre recoin, le moindre danger... Et ce qui se tramait derrière ce vol funeste la jeune fille le devinait sans pour autant le comprendre. Quelque chose se préparait, couvait... Un danger rôdait, planait au-dessus de leurs têtes inconscientes.

Alors elle était sortie de sa stupeur et avait tenté de les prévenir, de les alerter. Mais, pas un ne l'avait écoutée, prise au sérieux. Et, au fond de leurs prunelles, la jeune fille avait vu luire cette étincelle de compassion et presque de moquerie qu'elle ne supportait plus de leur voir. Lorsque les iris sombres de l'un d'eux avaient glissé sur cet ours peluche qu'elle tenait si serré entre ses bras trop fins Thaïs avait compris. Que personne ne la croirait ! Qu'ils ne la voyaient, et malgré tous ses efforts, que comme une enfant sauvage qui peinait encore à parler parfaitement leur langue et qui n'avait plus toute sa raison. Comme une fille à peine civilisée emplie de croyances auxquels eux ne croiraient jamais ! Sa religion étrange et presque animiste, cette déesse dont elle avait bien tenté de leur expliquer le culte... Cet amour immodéré et respectueux que les siens avaient pour la Mère Nature... Ils ne comprenaient pas, se moquaient et rejetaient tout ce qu'elle avait pu être, ce qu'elle était encore... Ils étaient si différents ! Quelle idiote elle avait pu être de penser qu'ils pourraient jamais s'entendre, se comprendre, s'apprécier ! Quelle sombre crétine elle avait pu être que de penser avoir trouvé auprès d'eux cet endroit où, enfin, elle se sentirait chez elle ! Alors les larmes, bien plus de colère que de tristesse, s'étaient mises à couler et la jeune fille n'avait pas même cherché à les retenir alors qu'elle s'enfuyait en courant. Elle avait vu les oiseaux fuir la jungle ? Elle s'y enfoncerait plus encore. Parce que c'était là d'où elle était issue. Que la jungle était son cœur, son sang et son oxygène... et qu'elle avait beau tenté tout faire pour lui échapper on la rejetait toujours. Alors Thaïs voulait s'y perdre. A jamais.

Elle courait, à en perdre haleine et à en sentir son cœur palpiter furieusement et douloureusement contre sa cage thoracique. Elle courait sans même se rendre compte que, loin de foncer vers le cœur de cette brousse, elle tentait de rejoindre ce camps de militaires où se trouvait la seule personne capable encore de chasser ses craintes puériles et ses douleurs légitimes. Fernando... Le Major comme l'appelaient tous ces hommes dont Thaïs avait eu si peur au début. Ils étaient armés, ils étaient étranges... elle les avait craints. Mais lui avait tout changé. Quand il l'avait prise sous son aile et lui avait offert cette chance que les autres semblaient tous lui refuser. Celle d'apprendre, de sortir de ce mutisme que lui imposait la barrière de la langue entre eux. Fernando, quelles qu'aient pu en être les raisons, lui avait consacré du temps et de l'attention. Et, jour après jour, avec une patience infinie, il lui avait donné les moyens de communiquer. Et de s'intégrer à cette communauté que Thaïs regardait toujours avec admiration et une dévotion toute enfantine. Et une bonne dose de frustration aussi... Frustration de ne pas parvenir à leur ressembler totalement. Frustration et colère de ne pas parvenir à faire qu'ils voient en elle autre chose qu'une enfant sauvage. Frustration de l'impuissance et de l'incapacité à faire sa place auprès de qui que ce soit ! Sauf auprès de cet homme qu'elle voulait avertir... Fernando la croirait, lui !

Mais les craquements des branches derrière elle, tout autour d'elle... Ces si ténus déplacements
d'air qui faisaient danser les feuilles sur leurs branches. Ses yeux qui s'étaient plissés, faits plus aiguisés et scrutateurs encore alors que sa main venait trouver cette dague qui n'était jamais très loin de sa paume et pour laquelle elle avait même consenti à lâcher sa si précieuse peluche. La silhouette de l'ours rembourré qui choit sur le tapis terreux alors qu'elle voit, au loin, la silhouette de son militaire préféré se dessiner. Déjà elle s'élance vers lui et ses lèvres allaient s'entrouvrir lorsqu'elle sentit une main se refermer violemment sur sa bouche et museler, étouffer ses cris. Puis un bras puissant qui lui tord le poignet au point de presque le lui briser et, surtout, de la contraindre sans la moindre douceur à lâcher son arme. Elle s'était débattue, comme la belle diablesse qu'elle était mais l'homme, l'assaillant était bien plus grand et massif qu'elle et Thaïs n'eut pas le choix. L'odeur étrange du chloroforme qu'on l'oblige à respirer et la silhouette de cet homme qu'elle reconnaît comme étant le reporteur fouineur du camps. Il avait du la suivre ou alors leurs pas avaient empruntés la même direction ? Sans même comprendre sa main s'était tendue en un geste désespéré vers lui alors que son regard s'ancrait aux prunelles si claires du jeune homme. L'ours en peluche que le reporter avait ramassé et qui était entre ses bras.. La main qu'il lui avait tendue comme pour mieux se saisir de celle de la jeune femme. Et puis la sensation que son corps et son esprit lui échappent. Et le noir dans lequel elle se sentit glisser puis se noyer. L'inconscience. Ultime moment de répit avant que l'enfer ne commence.

La lumière crue, blafarde et aveuglante qui vint la tirer de ce sommeil dans lequel elle avait été maintenue et qui n'avait rien de naturel ni de paisible. Les images d'une réalité étrange qui lui avaient été offertes alors qu'elle avait un instant repris conscience. Ils n'étaient plus dans la jungle et se trouvaient dans un endroit qu'elle ne connaissait pas et qu'elle tentait d'observer autant qu'elle le pouvait. Afin d'en dresser un plan, un croquis mental qu'elle n'oublierait pas quand il lui faudrait s'enfuir... quand il leur faudrait s'enfuir. De nouveau ce regard aussi clair que le sien qui vint la trouver et ces mots qu'il avait susurrés comme pour mieux la rassurer. Tout irait bien... Elle l'avait regardée, dubitative et interdite. Et il lui avait souri et murmuré ce prénom qu'elle se surprenait maintenant à hurler :

Raphaël ! Raphaël !

Mais il n'y a guère que l'écho de sa propre voix, éraillée et étouffée qui lui revint alors qu'elle parvenait enfin à s'extraire de son inconscience. Ses muscles qui se tendirent au point de lui faire mal alors qu'elle réalise qu'elle est attachée. Thaïs grogne, fulmine et panique, son regard errant de droite à gauche sans réellement savoir où se poser dans ce qui ressemble fort à l'antichambre même de la mort. La plus sadique qui soit si elle en croit les instruments étranges reposant sur le petit établi non loin d'elle. Des objets dont elle ignorait aussi bien le nom que la nature mais dont elle devinait déjà parfaitement l'utilité à ces tâches sombres de sang les maculant. La jeune femme avait rué, tenté de tirer sur ses chaînes qui n'avaient jamais fait qu'entailler un peu plus les chairs à ses poignets et à ses chevilles. Et puis ces cris qui résonnèrent, lugubres, et la pétrifièrent. Raphaël ? Le matin elle ne connaissait pas même son prénom et maintenant elle pouvait reconnaître sa voix entre toutes. De nouveau elle s'était mise à hurler son prénom lorsqu'elle avait discerné, comme perdue dans les ténèbres de cette pièce glacée et où flottait le plus immonde des parfums, cette silhouette dont elle ne discernait pas même les traits. Alors Thaïs s'était figée, sentant remonter en elle la partie al plus sauvage de sa nature. Elle était détenue contre sa volonté. Elle était retenue captive. Et les cris de cet homme qui avait tenté de l'aider ne cessaient de résonner à ses tympans, achevant de la plonger dans la plus sourde des ires. Jurant un instant dans la langue de sa tribu ce fut pourtant en anglais qu'elle parvint à cracher presque

Tu ferais mieux de me tuer parce que si j'ai la moindre petite chance c'est moi qui te tuerais ! puis son corps tendu vers le manteau de pénombre qui nimbait le spectre silencieux elle hurla Aies au moins le courage de te montrer ! puis, le regard dénué de peur mais empli de rage meurtrière elle l'avait dit, juré Je te tuerai ! Pour ce que tes copains lui font en ce moment ! Pour ce que tu me feras ! Pour ce que tu es ! Je te tuerai !

Et Thaïs tenait toujours ses promesses... Surtout quand, comme celle-ci, elles lui tenaient particulièrement à cœur !




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