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Message(#) Sujet: words are knives and often leave scars, aron. Sam 3 Jan - 19:13

wide awake and so confused

One day I just woke up and realized that I can’t touch yesterday. So why the heck was I letting it touch me?

Le soleil s’éveillait doucement dans le ciel de novembre, brisant un peu le froid qui s’installait depuis plusieurs semaines déjà. Ses rayons percèrent les pauvres rideaux qu’elle n’avait jamais eu le cœur de changer et, avec eux, des pensées de la journée qui s’approchait s’éveillèrent dans l’esprit de la blonde, la laissant dans un état entre le rêve et l’éveil. Elle parlait dans son sommeil, mais ça ne semblait pas déranger celui qui dormait à côté d’elle, pas plus que la lumière qui éclairait la petite chambre blanche. À peine remarquait-elle que son rêve ne faisait pas de sens qu’elle s’éveilla complètement, ouvrant les yeux en même temps que le soleil s’installait confortablement dans le ciel et maudissant cette horloge interne qui s’obstinait jusqu’aux week-ends. Elle attrapa instinctivement son téléphone, qui trainait sur la table, et déroula le fil d’actualité d’amis qui ne l’intéressait pas vraiment, mais lui donnait une excuse pour rester au lit un peu plus longtemps et ne plus penser à ses rêves. Une heure passa, où elle traina entre le sommeil et la réalité, entremêlant ses pieds avec ceux du jeune homme à ses côtés qui dormait encore et toujours. Elle n’avait pas la cruauté de le réveiller, alors qu’il lui semblait si paisible entre les draps réchauffés par leurs deux corps.
Avec un soupir, elle enfila des chaussettes qui trainaient à côté du lit, se promettant de changer plus tard, et en profita pour mettre un pull chaud, avant de sortir de la chambre, laissant la porte entrouverte, sachant pertinemment que le jeune homme dormirait jusqu’à ce qu’il n’ait plus à dormir, celui-ci ayant toujours eu le sommeil beaucoup plus lourd qu’elle.
Surtout ces derniers jours, où, malgré elle, ses rêves semblaient s’entêter à penser à ce à quoi elle refusait de même effleurer lorsqu’elle était consciente. Elle soupira, s’assoyant sur la minuscule table de cuisine qui donnait sur des fenêtres où le ciel brillait de son bleu pâle.
Laura s’était persuadée qu’Il était probablement mort dans le crash. Pourquoi serait-il obligatoirement un des survivants? Elle attrapa une banane qu’elle éplucha et fut tenter de se frapper la tête sur la table, lorsqu’elle comprit qu’elle y pensait encore. Elle attrapa la télécommande et alluma le téléviseur, baissant le volume pour ne pas incommoder ses voisins ou celui qui dormait pas si loin que ça. Les voix de Bob l’éponge et Patrick l’étoile de mer lui changèrent un peu les idées, tandis qu’elle mangeait sporadiquement, ses yeux s’attardant sur la tablette qui trainait sur la table.

Ce n’était pas qu’elle souhaitait qu’il soit mort, mais il l’avait été pour elle pendant deux ans. Elle avait continué sa vie, d’abord difficilement, puis un peu plus facilement. Elle avait fait un deuil, bon sang, sa sœur était venue jusqu’à New York pour la forcer à reprendre sa vie en main. Ça n’avait pas été facile, mais elle était passé à travers. S’Il revenait maintenant, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle préférerait ne jamais le revoir. La nouvelle était partout, dans tous les journaux, toutes les chaines de nouvelles, s’en était absolument étourdissant. Son copain, le lendemain qu’elle avait appris la nouvelle, avait pointé un article qui faisait la une d’un journal, lui disant comment c’était extraordinaire qu’ils soient encore en vie. Laura l’avait regardé bêtement, se contentant d’hausser les épaules et de s’éloigner, affirmant qu’elle allait faire la lessive avant de fermer la porte derrière elle, sans sac de vêtements, mais le cœur qui battait encore une fois trop vite.
Deux jours. Deux jours depuis que le paquebot avait accosté au port de New York, où les nouvelles de l’Amérique entière semblaient incapable de ne pas discuter ce sauvetage qu’elle redoutait tant.
Elle ferma bêtement les yeux, ce matin-là, marmonnant comment elle détestait ce monde idiot, comment elle se détestait elle-même de ne pas être heureuse pour tous ces gens encore en vie après deux ans Dieu sait où. Des bruits se firent entendre dans la cage d’escalier, tandis qu’elle avait enfin décidé de se bouger un peu et s’était plongée dans un livre de plus sur les relations interpersonnelles entre patrons et employés, le genre de truc qui te promet des heures palpitantes. Elle avait relue la même phrase à maintes reprises sans même le remarquer et elle essayait vraiment de changer le ton de ses pensées, sans vraiment le réussir. Son marqueur surlignait une phrase de plus en rose, lorsqu’elle entendit quelqu’un cogner à la porte de son appartement.
C’était presque devenu leur appartement, à elle et son copain, mais pas encore tout à fait. Il avait déménagé la plupart de ses affaires, mais il payait encore la moitié de son premier appartement, Laura affirmant que le contraire serait trop rapide. Il n’avait rien dit, même si la déception dans son regard avait tranché avec son bonheur habituel. La blonde regarda ce qu’elle portait, se demandant qui cognait à sa porte en ce dimanche matin, pas si tôt que ça, mais quand même assez pour qu’elle élimine pas mal de possibilités.
Elle finit par déposer le crayon à côté de son bouquin, passant vaguement une main sur ses vêtements qui frappaient, mis tous ensemble. Son short avait des lapins sautant au-dessus de différents nuages, des bas tombaient mollement autour de ses chevilles et son pull était composés d’un mélange de couleurs immondes qu’elle affectionnait depuis qu’elle était adolescente, le portant dès qu’elle passait une journée tranquille chez elle. Elle avait vaguement attachée ses cheveux en une queue de cheval avant de se mettre à l’étude et, visiblement, ce n’était pas la journée où elle pouvait affirmer qu’elle se réveillait comme une princesse de Disney. Laura espérait que ce ne soit qu’un vendeur d’aspirateur de plus, eux qui semblaient toujours convaincus que son appartement grouillait sous la poussière, tandis que sa main attrapait la poignée et ouvrait la porte blanche.

Elle allait parler, lorsqu’elle remarqua qui se tenait sur le pas de sa porte. Elle eut envie de reculer, de refermer la porte et de faire comme si elle ne l’avait jamais vu, elle n’avait jamais tourné cette poignée et tout ça n’était qu’une grosse blague. Elle cligna des yeux, quelques fois, comme pour se convaincre qu’il était un mirage, une hallucination. Peut-être bien qu’elle rêvait encore, que ce n’était qu’une folie de sa conscience qui aimait bien jouer avec elle. Instinctivement, elle pinça son poignet, la douleur éveillant ses nerfs, confirmant ses craintes, tandis que son cœur s’affolait.
Des questions, elles tombaient sur Laura soudainement. Qu’est-ce qu’il faisait là? Pourquoi cogner à sa porte, sans avertissements? Elle serra la poignée qu’elle tenait toujours, la porte pas tout à fait ouverte, la cachant à moitié, tel un bouclier. Elle le voyait, mais elle n’enregistrait pas, son regard passait sur lui sans remarquer les changements, les regards, ses émotions. « Aron. » Son prénom résonna à travers le couloir vide, lui qu’elle avait vraiment cru qu’elle ne dirait jamais à nouveau, qu’elle avait banni de ses pensées, qu’elle avait cru ne plus jamais entendre. Elle s’était empêchée, pendant deux ans déjà, de goûter à nouveau à ses syllabes. C’était tellement douloureux de le voir, là, d’être soudainement assailli par des souvenirs qu’elle avait cru oublié. « Qu’est-ce que tu fais ici? » murmura-t’elle, cette fois, sa voix lui semblait froide, lointaine. Son propre regard bleu effleurait le sien, refusant d’y voir plus que les couleurs. Elle essayait, en vain, de ne pas voir à travers ses iris les émotions qui les traversaient.
Un fantôme, c’était tout ce qu’il était. Un mirage du passé, un souvenir qu’il valait mieux oublier et passer par-dessus, avant qu’il ne fasse plus de dommages encore qu’il n’en avait déjà fait. Sa main la démangeait de fermer la porte derrière elle, d’oublier et de retourner se coucher, au creux de ce confort facile qu’elle avait instauré dans sa petite demeure. Ils étaient divisés par cette limite qu’était sa porte et elle se jura de ne pas le laisser la dépasser. Elle ne pouvait pas tout risquer à nouveau, tout chamboulé. Il avait été une tornade, maintenant elle avait une brise fraiche, et c’était parfait comme c’était.


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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Jeu 8 Jan - 20:36

❝ même s’il s’endort là où tu te couches,
s’il a su délier les  mots encore brûlants accrochés
à ta bouche ; tu penses à moi quand il te touche.❞


Le bruit se faisait insupportable, les cris tourbillonnaient dans sa tête et les applaudissements lui filaient la migraine. Quelques secondes, Aron eut l’impression de revivre les quelques heures de l’après-crash, au moment où un peu trop de gens réalisaient au même moment tout ce qu’ils venaient de perdre. Sauf que là, personne n’avait rien perdu, bien au contraire. Et ce qui était censé être une bonne nouvelle se transformait en véritable cauchemar, qui prenait, petit à petit, des allures de blague. Et, comme une blague, ce n’était vraiment pas drôle.
Il avait mené les deux derniers jours de cette vie tel un zombie, à tel point qu’il se demandait souvent comment il était arrivé à tel endroit, ce qu’il était censé y faire, mais surtout pourquoi il y était. Face à ces caméras et à cette dizaine de micros, il avait préféré garder le silence, certain que d’autres étaient bien plus enclins que lui à répondre à leurs drôles de questions qui, en somme, se ressemblaient toutes. A vrai dire, c’était comme un aveuglement permanent, une immense lumière qui lui brûlait la rétine et l’empêchait de voir plus loin que le bout de son nez. Il ne voulait pas réfléchir à ce qu’il ferait le lendemain, parce que c’était trop compliqué. Il ne pouvait pas repenser à ce qu’il avait fait la veille, parce que ça faisait trop mal. Il était entré dans cette drôle de transition, le genre de moment où tu sais pertinemment que ta vie est en train de changer ; mais tu ne peux absolument rien y faire. Il avait, somme toute, quelque chose comme le cul entre deux chaises, et il fallait bien avouer que la sensation était loin d’être agréable. Car c’était trop soudain, trop brutal et surtout beaucoup trop violent. Les flashs des appareils photos faisaient pleurer ses yeux, les cris de tous ces gens qu’il ne connaissait même pas perçaient continuellement ses tympans, et toutes ces questions qu’on lui posait lui retournaient petit à petit le cerveau. Il ne s’en rendait même pas réellement compte, mais ça faisait deux jours qu’il était en train de pousser la porte d’un cauchemar. Le plus gros cauchemar de sa vie, qui se dessinait au fur et à mesure que les secondes défilaient – et qui n’était certainement pas prêt de le laisser ouvrir l’œil pour se réveiller.
On lui parlait et il ne savait pas quoi dire, alors il souriait et ça marchait. Il avait adopté cette technique depuis que son pied s’était posé sur un sol dur, mais il n’avait pas du piper le moindre mot en vingt-quatre heures qu’il était de retour. Comme un voile glissé sur ses yeux, il lui était totalement impossible de voir le moindre réel. C’était sûrement pour le mieux, car ce qu’il aurait risqué de voir lui aurait très certainement donné la peur de sa vie. Il avait réussit à donner son nom, son prénom qu’ils avaient naturellement mal orthographié mais qu’il n’avait pas eu envie de rectifié et son âge, à un an près. Il avait loupé son anniversaire. Pas de calendrier sur l’île. Mais, maintenant, il avait bel et bien trente-cinq ans. Tout ça ne lui faisait même pas peur ; parce que, pendant deux ans, la terre avait tournée sans lui, elle pouvait bien encore l’attendre quelques jours. Ça ne changerait dorénavant plus grand-chose.

Les félicitations. Bravo d’avoir survécu. Il n’y comprenait définitivement rien. Est-ce qu’il avait demandé quelque chose à quelqu’un, lui ? Absolument pas. Il avait même probablement prié un peu moins fort que les autres, espéré un peu moins bien, et pourtant il s’en était sorti. Mieux encore ; il en était revenu. D’un drôle d’enfer, particulièrement effroyable, dont il n’avait jamais cru pouvoir s’échapper. Maintenant qu’il retrouvait la folie effervescente de New-York, il ne lui semblait pourtant pas vraiment en être sorti. C’était peut-être même pire. Il n’avait plus qu’une seule hâte : rentrer chez-lui.

Il ne savait même plus vraiment pourquoi il se sentait comme ça, mais il sentait bien que quelque chose lui manquait. Un dessin, dans son décor, ne se faisait pas, et il ressentait le besoin palpable de revoir son monde comme il l’avait laissé. La première nuit, il ne ferma pas l’œil. La seconde, il s’éveilla en sursaut et recouvert d’un film de sueur, un seul prénom figé sur les lèvres : Laura. C’était ça qui manquait à son foutu décor. Il voulut se jeter du haut d’un pont pour ne pas y avoir pensé plus tôt même si, à chaque instant, il l’avait cherché des yeux. D’un bond il se leva, se jeta sur le premier ordinateur de l’hôtel, fonça sur facebook. Incapable de retrouver son mot de passe, il y passa des heures, précisément jusqu’au lever du soleil. Il dût rejoindre tous les autres, ces autres qui, comme lui, ne ressemblaient plus qu’à des ombres. Bien-sûr, certains avaient retrouvés tout ce qu’ils avaient perdu, mais tous ne seraient plus que l’ombre de cette île, qui les avaient hantés pendant si longtemps, et qui continuerait encore longtemps. Comme à son habitude, il ne prononça pas un seul mot. Comme à son habitude, il se contenta de sourire dans le vide, comme pour sauver les apparences. Comme à son habitude, il la chercha des yeux, sans jamais réussir à la trouver. Elle devait être là ; il ne savait simplement pas exactement où.
Le chemin particulièrement ancré dans la mémoire, il laissa ses pas traverser les ruelles qu'ils connaissaient si bien. Malgré les années, il n’avait rien oublié du chemin, avait tourné aux bons croisements, avait choisi les bonnes voies. Il avait tant de fois fait cette route qu'il ne remarqua qu'il était arrivé qu'au moment où il sentit son poing frapper contre la porte. Il sentit son cœur battre un peu plus que de raison, mais pas suffisamment pour s'en alerter ; simplement car il ne savait pas ce qu'il allait trouver derrière cette porte.

Pendant quelques secondes, il pensa qu'il n'avait pas vu plus belle créature dans ce monde. Eblouie par l'éclat de ce visage, il oublia les deux dernières années de sa vie, comme si rien d'autre n'avait jamais existé. Cependant, quelque chose était éteint au fond de ses yeux, il aurait pu le jurer. Mais elle était si belle qu'il se laissa un instant retomber dans son regard. Comme avant. ❝Je suis rentré,❞ lui souffla-t-il d'une voix rauque qu'il ne se connaissait plus. Et un sourire se dessina sur ses lèvres abimées, tandis qu'il réalisait que tout irait mieux, à présent.


(ça fait bizarre une réponse rapide. Laughing
n'empêche, j'ai passé deux fois plus de temps sur le gif que sur le rp, c'est la loose. dead )
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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Lun 12 Jan - 23:14

wide awake and so confused

One day I just woke up and realized that I can’t touch yesterday. So why the heck was I letting it touch me?


Sa vie avait été pour le moins paisible dernièrement. Le genre de vie basique, étudier, travailler, s’amuser, les plus vieux la regardaient en lui disant qu’elle devait profiter de sa jeunesse et elle avait envie de leur demander comment au juste. Malgré tout, elle se disait qu’avec un ou deux objectifs, car le mot rêve était simplement trop gros, peut-être qu’elle réussirait à faire de sa jeunesse quelque chose qu’elle pourrait regarder fièrement plus tard.
Aron avait été une erreur de parcours, quelque chose à oublier parce que c’était trop douloureux, et les peut-être était absolument à bannir de son vocabulaire lorsque ses pensées osaient l’effleurer. Il n’avait jamais été que des problèmes, une aventure qui l’avait fait trembler, mais qui s’était résolu de la pire façon possible. Ils auraient pu être heureux, mais ça avait été trop beau pour eux.
C’était l’un de ces moments, où les secondes semblaient s’arrêter pour un instant et laisser leurs esprits en suspension dans un nouvel espace-temps. Il était là, et elle était là, et probablement qu’elle aurait dû savoir que ce moment finirait par arriver, mais c’était toujours plus facile d’ignorer un problème plutôt que de l’affronter. Elle avait tellement envie de fermer la porte derrière elle et d’oublier cet instant incompréhensible, ces minutes où le passé était venu cogner à sa porte avec les yeux du désespoir. Elle pouvait se convaincre que tout ça n’était qu’un rêve, un mirage et oublier. Elle n’était pas censée être déchiré comme ça, pourtant elle l’était. Déchirée entre fermer la porte, finalement, ou le laisser entrer. À quelque part, c’était plus qu’une question de porte, c’était de sa vie, tout ce qu’elle avait bâti. Deux ans, ce n’était pas assez pour tout oublier. C’était suffisant pour créer cette sorte de barrière qui lui permettait de passer son regard bleu sur son visage sans le voir, sans voir les traces d’insomnie, les traits qui avaient changé avec le temps, les restes de ce qu’elle ne connaitrait jamais dans sa vie à travers chacune de ses expressions. Ses yeux regardaient sans voir et elle parlait sans vraiment s’entendre, ignorant ce qu’elle cherchait, ce qu’il cherchait.
Il se perdait dans ses yeux, la forçant à le regarder pour un instant, à se rappeler comment leur couleur était encore la même, elle n’avait jamais trouvé le mot juste pour l’expliquer, mais elle savait que, parfois, le ciel prenait cette exacte teinte. Son souffle s’éprit dans sa gorge, pendant un instant, tandis qu’elle essayait de replacer son esprit, qu’elle restait bouche-bée, à la recherche du mot qu’elle cherchait, mais effrayée de ce qu’elle avait vraiment envie de dire. Ce n’était pas un rêve, qu’elle se rappelait bêtement, la douleur contre sa cage thoracique un mémo utile.
Les fantômes étaient censés resté des fantômes, c’était tout le principe, c’était la base de la vie, le genre de trucs que t’apprenais durement un jour ou l’autre. Ils n’étaient pas censés cogner à sa porte un dimanche matin, la regarder comme si elle portait des étoiles sur ses cheveux et lui murmurer qu’il était rentré, comme si elle ne le savait pas déjà. Comme si elle n’avait pas passé les derniers jours à y penser, à tenter de ne pas y penser, à rêver, à s’inquiéter, à se demander s’il était parmi tous ses survivants. Elle avait cru que ce n’était que passager, qu’il la hanterait pendant quelques jours, puis qu’elle repasserait à nouveau à autre chose. Mais il était là et elle ne comprenait pas ce qu’il attendait d’elle. Il était disparu, mort, pendant tellement longtemps, comment était-elle censée creuser à nouveau cette place qu’il avait eue, sans en déterrer le pire en même temps?
Elle s’accrochait à cette stupide porte comme à une bouée de sauvetage, tandis que son regard s’éloignait du sien, cherchant quelque chose de plus intéressant à regarder que lui, que ce qu’elle n’avait jamais cru revoir, de son sourire plein d’espoir. Elle aurait pu être heureuse de son retour, mais elle était plutôt terrifiée, furieuse de voir le destin s’amuser ainsi d’eux. Cette joie incompréhensible rayonnait de lui, d’Aron, et elle fermait les yeux, ne comprenant pas pourquoi c’était à son tour de lui briser le cœur. « Tu… Tu ne devrais pas être ici. » Laura murmurait, balbutiait, évitait. Ses épaules étaient tendues, ses jointures blanches contre la poignée de la porte. Elle essayait de se convaincre de la fermer, enfin, d’oublier, de peut-être retourner dormir.

Une pensée traversa son esprit pour celui qui dormait un peu plus loin, qu’elle pouvait aller rejoindre et se convaincre qu’il était le bon. Au même moment, des bruits de pas résonnèrent, doucement contre le tapis de son appartement. Elle stagna. Ce n’était pas comme ça que tout ça devait se passer. En fait, rien de tout ça ne devait arriver. La blonde agrandit les yeux, entrouvrit les lèvres, chercha, fouilla son esprit pour trouver quelque chose qui rendrait l’atterrissage moins difficile, mais rien. Une voix résonna, emmitouflée par les murs qui les séparaient. « Laura? Y’a qui à la porte? » Elle tourna la tête, apercevant les cheveux ébouriffés du jeune homme qui ne lui laissait pas le temps de répondre, avant de passer sa main autour de sa taille d’un geste qui lui sembla protecteur. Laura hésita. Qui était-il, au juste, maintenant? Pas vraiment un ex, pas vraiment un ami, plus qu’une connaissance. Son regard passait de son copain à celui qui se tenait sur le pas de la porte, avant qu’elle ne soupire, sa voix fatiguée d’être trop attentionnée. « Hm, Isaac, Aron. Aron, Isaac, mon copain. » Elle fit l’effort de mettre l’emphase sur les deux derniers termes, tandis qu’elle terminait les présentations d'une note finale. « Aron est… une vieille connaissance. » Sa langue se frappa à ses termes qu’elle savait faux, tout au fond, mais la vérité lui semblait encore plus abstraite encore que ses mensonges.

( c'est tellement l'histoire de ma vie, passer plus de temps sur les gifs que le rp Laughing )

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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Ven 16 Jan - 18:39

❝ même s’il s’endort là où tu te couches,
s’il a su délier les  mots encore brûlants accrochés
à ta bouche ; tu penses à moi quand il te touche.❞


Ce visage parfait, ces traits fins parfaitement alignés, cette petite frimousse qui l’avait tant fait vibrer, et surtout espérer. De sa beauté, elle venait d’illuminer le lieu, elle brillait de mille feux et il en avait des étoiles jusqu’au fond des yeux. Elle était si belle qu’il sentait déjà son existence reprendre toutes les couleurs qu’elles avaient perdus depuis si longtemps. C’était comme si, à présent et seulement à cet instant, son futur se dessinait petit à petit, à mesure que son cœur s’apaisait et que ses yeux la trouvait. Elle était là, enfin, face à lui. Elle n’était plus ce fantôme dont il avait tant rêvé, cette entité qu’il avait espéré si fort qu’il avait manqué d’en devenir fou. C’était merveilleux ; presque trop beau pour être vrai. Sûrement, même.

Enfin, tu es là. Ça y est, tu es rentré. Mon dieu, comme tu m’avais manqué. Je t’ai cherché, tu sais. Il avait fantasmé cette rencontre, si longtemps et si souvent depuis qu’il l’avait laissé. Il avait sûrement imaginé un bon millier de fois toutes les répliques possibles et imaginables. Toutes, sauf peut-être une. Tu ne devrais pas être là. Mais où était-il censé être, alors ? Si même son chez-lui ne l’était plus vraiment, alors il n’avait aucun intérêt à être revenu sur le continent. L’espace d’une seconde, et pour la toute première fois dans toute son existence, il se laissa à penser que, peut-être, l’île était un meilleur abri pour lui. Plus saint, plus rassurant, moins dangereux, nécessairement moins douloureux. Ce n’était qu’un leurre ; maintenant que la peine était là, elle ne s’en irait plus jamais, qu’il soit presque accoudé à l’entrée de cet appartement, ou qu’il soit perdu à des kilomètres sur un foutu morceau de sable.

Il ne put s’en vouloir d’avoir tant espéré, mais il réalisait à présent qu’il avait sûrement demandé plus que ce qu’il n’aurait pu avoir. On n’attend pas quelqu’un pendant si longtemps. Au mieux, on vit avec son souvenir ; mais au fil des jours, des semaines, au fil de son absence, elle avait appris à respirer un autre air. Elle avait appris à vivre sans lui, à se passer de sa présence. Et puis, petit à petit, elle avait réussit à trouver du réconfort, à se tourner vers quelqu’un d’autre. C’était juste ; la logique s’appliquait de la plus normale des manières. Il ne pouvait pas lui en vouloir d’avoir trouvé quelqu’un d’autre.
Mais ça n’avait pas empêché son cœur d’exploser en mille minuscules morceaux et de lui faire un mal de chien dès qu’il avait entendu ces mouvements derrière la porte. Ça lui brûlait si fort qu’il en aurait hurlé toute sa rage, sa haine d’être celui qui n’est plus. Il s’en serait laissé envahir par la plus trouble des colères, aurait serré si fort les poings qu’il aurait fini par s’en faire mal ; aurait mordu si fort ses lèvres qu’il s’en serait fait saigner. Il avait, à cet instant précis, simplement envie de hurler sa haine au monde entier, de cracher à sa gu*ule et de fuir se réfugier sur une autre planète. Mais la distance n’y changerait définitivement rien ; la douleur était à présent bien installée au fond de son cœur. Son pauvre petit cœur, qu’il ne sentait même plus, tant ça faisait mal.

Il ne réalisa l’ampleur de la chose qu’au moment où une seconde tête entra dans son champ de vision. Un visage qu’il n’avait jamais vu ; mais jamais espéré non plus. Non, définitivement, celui-là n’avait jamais existé dans tous ses rêves passés remplis d’amour et de joie à l’idée de se retrouver. Il l’observa du coin de l’œil, avec un air probablement plus assommé que dépité. Il le survola d’un seul coup d’œil ; qui il était n’avait aucune importance. Il était là, lui aussi, et c’était ça le plus gros des soucis.
Un instant, il songea à s’en aller, la tête baissée et les épaules basses. Après tout, il était trop tard ; il avait perdu sa place et il ne pouvait blâmer personne. Il aurait simplement dû reprendre la route de l’hôtel, afficher encore deux ou trois faux sourires à qui voudrait bien le croire encore heureux et s’endormir dans des draps trop blancs et trop froids en songeant à cet avenir qu’il semblait un peu trop mettre de côté. Il envisagea même se réveiller sous un soleil plein de promesses et, à son tour, de croiser l’amour au premier coin de rue. Les choses iraient définitivement mieux, après une bonne nuit de sommeil. Il finirait bien par l’oublier, de toute façon. Après tout, elle l’avait bien oublié, elle.

Mais Aron était Aron et il n’était pas comme ça. Le poing serré et les ongles fermement enfoncés dans sa paume, il ne put se résigner. Pas maintenant, pas après tout ça. Il n’avait pas fait tous ces foutus kilomètres, tous ces putains de rêves, traversé tout cet enfer pour se résigner si facilement. Elle avait été claire, dès le second instant ; mais il devait tenter le tout pour le tout. Pas parce qu’il risquait de s’en vouloir s’il ne le faisait pas, pas non plus parce qu’il avait envie d’essayer ; simplement parce que, ici ou ailleurs, il ne pouvait imaginer vivre sans elle. Il en était certainement capable ; il en avait juste marre d’essayer. Ça faisait deux ans, il n’avait pas réussit à un seul instant.
Il parvint malgré tout à garder son calme, retenir son poing qu’il eut simplement envie d’envoyer tout droit dans le nez de ce grand con qui semblait bien trop parfait pour être vrai, et de récupérer celle qui, depuis bien plus de deux ans, lui appartenait. Il se contenta d’esquisser un bref sourire, comme si tout cet effroyable lot d’informations ne l’avait pas fait s’écrouler sous le poids de la douleur. Mais cette connaissance, qu’il était, semble-t-il, devenu, n’avait pas le droit de se montrer faible. Quand bien même les cinq dernières minutes l’avaient fait tomber bien plus bas que terre. ❝Enchanté, Isaac,❞ lança-t-il d’un air étrangement assuré, tandis qu’un « crève sale enfoiré » prenait déjà son esprit en otage. Il avait toujours maîtrisé l’art du mensonge, et sûrement qu’il y excellait après deux jours passés à faire semblant devant des journalistes avides de confidences. Il ne laissa rien paraitre – pas même cette effroyable envie de lui exploser la gu*ule contre le mur de l’entrée. Et, tandis que le sourire de façade qu’il arborait depuis deux jours retrouvait une place de choix sur son visage, il osa. Il avait toujours osé, il ne savait pas s’en priver. ❝Est-ce que tu me permets de te l’emprunter, quelques minutes ? Il faut que je lui dise quelque chose, ensuite la vieille connaissance que je suis s’en ira, c’est promis.❞ Il n’avait jamais fait de promesses en l’air ; cependant, tout en portant l’espoir fou qu’elle accepterait, il se promit à ce même instant de ne jamais la laisser partir. Ou, tout au moins, de tout faire pour qu’elle revienne.
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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Dim 18 Jan - 17:40

wide awake and so confused

One day I just woke up and realized that I can’t touch yesterday. So why the heck was I letting it touch me?


Elle n’était pas une mauvaise personne. Enfin, c’était ce qu’elle aimait se faire croire, mais, à cet instant-là, elle se demandait si elle n’était pas plus cruelle qu’elle ne l’avait jamais imaginé.
Elle l’avait aimé. Aussi idiot que cela lui avait-il paru par la suite, elle l’avait aimé de tout son cœur, de tout son corps. Elle avait rêvé à un avenir, à même un nous, à leur nous. Elle s’était imaginée se réveiller près de lui chaque matin, se disputer bêtement, se réconcilier toujours. Elle avait imaginé cette histoire un peu stupide, un peu normale, mais pourtant toujours extraordinaire. Il avait fait battre son cœur trop vite, l’avait fait sentir tellement bien, puis il lui avait brisé le cœur.
Peut-être que ce n’était pas volontaire, c’était un accident, un foutu accident. Un imprévu, mais c’était tout ce qu’elle avait imaginé, tout ce futur qu’elle avait vu, sa présence qui s’était transformée en une absence irremplaçable. Il avait pris tellement de place dans son cœur, et il l’avait laissé avec un vide qu’elle n’avait pas sût comment remplir, avec trop de débris à ramasser. Laura, elle n’avait jamais été du genre à s’apitoyer sur son sort, mais cette fois-là… ce fut, sans aucun doute, l’une des épreuves les plus difficiles dont elle eut à se relever.
Et, bon sang, elle ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il n’avait pas le droit. Pas le droit de revenir dans sa vie, de cogner à sa porte, de la regarder et de détruire tout ce qu’elle avait réussi à remettre en place. Il n’avait pas le droit, de la regarder comme ça, de la faire sentir comme ça, de lui donner l’impression qu’elle était coupable, juste par son grand regard bleu, son regard perdu. Elle n’était pas censée souhaiter que tout soit différent, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de se demander pourquoi il n’était pas revenu plus tôt, au moment où elle l’attendait encore.
Elle le sentait, son cœur qui s’emballait malgré lui, les papillons qui battaient faiblement des ailes, essayant, à son plus grand malheur, de recommencer à voler. Il y avait toujours eu des étincelles là où il y avait eu un feu dévorant, et jamais celle-ci n’avait voulu s’éteindre, lâcher prise.
Mais il était trop tard maintenant. Trop tard pour reprendre tout là où ils l’avaient laissé. Elle ne pouvait plus fermer les yeux et s’imaginer dans dix ans avec lui, parce qu’elle s’imaginait aussi le ‘si’, la possibilité qu’il disparaisse encore, la possibilité d’être une fois de plus trop seule. Elle ne savait pas vraiment où il avait passé ses deux dernières années, mais elle savait où elle avait passé les siennes. Tout ce qu’elle avait appris, c’était que le goût du bonheur amenait trop souvent du malheur, et qu’elle était bien, comme ça, dans sa vie banale et sans péripéties.

New York n’avait jamais été un réconfort. La ville qui ne dormait jamais était trop grande pour qu’on ne s’y sente pas trop petit. Elle pouvait faire rêver, comme elle pouvait vous écraser misérablement. Laura, tremblante, fatiguée, misérable. Elle s’était bêtement enfermée dans son appartement, s’imaginant que tout irait mieux si elle se noyait dans ses souvenirs. Le problème, avec la mémoire, c’était qu’on pouvait la rejouer comme on le voulait, elle n’était jamais vraiment réelle. La blonde avait longtemps préféré se perdre dans le passé, le présent ayant l’amertume d’un oubli qu’elle ne savait pas tenir.
Les fondations sur lesquelles elle s’était reconstruite étaient fragiles, et elle le savait. Peut-être était-ce pour ça qu’elle évitait de le voir, que ses propres mots lui semblaient trop durs. Elle avait pensé qu’il l’aurait oublié, pourtant il était là, mais elle n’était plus celle qu’elle était et lui non plus.
La preuve pressait son corps près d’elle, parlait innocemment, ignorant. Il avait été une étrange bouée de sauvetage, l’avait ramené inconsciemment à une vie normale, lui avait permis de se sentir un peu plus vivante, présente. Il ne le savait pas, et elle n’avait pas cru jamais le lui dire, parce que c’était facile comme c’était, et son cœur était fatigué d’épreuves inutiles.
Son souffle s’éprenait dans sa gorge, tandis qu’elle s’exclamait qu’ils étaient de vieilles connaissances, qu’elle réalisait qu’elle ne savait plus ce qu’ils étaient, ce qu’ils avaient été. Ils avaient été beaux, passionnés, ils étaient tombés ensemble. Ils n’avaient jamais été quoi que ce soit dont elle ait pu se vanter à d’autres, pourtant ils avaient été ce qu’elle avait connu de plus vrai, franc, réel.
Elle s’appuyait contre la main dans son dos, cherchant un réconfort qu’elle ne savait plus où trouver. Instable, tout son monde tremblait depuis cinq minutes déjà et elle avait simplement envie que la troisième présence mette fin à cette réunion étrange. Regarde, je vis bien sans toi. C’était, malgré elle, ce qu’elle avait envie qu’il comprenne, aussi cruel cela pouvait-il être. Elle crevait d’envie qu’il voit comment elle s’était remise de lui, même si c’était un gros mensonge. Je peux vivre sans toi, prends ça.
Même si sa vie était plate, sans relief, neutre. Au moins, elle vivait encore.

Son regard abasourdie le dévisagea, tandis que celui derrière elle la poussait un peu dans le dos, visiblement persuadé qu’il faisait la bonne chose, ne se rendant pas compte qu’il la jetait du mauvais côté. Il s’exclamait d’un « Bien sûr, pourquoi pas? » innocent, lançant un sourire contrit à l’autre homme, avant de partir vers la cuisine, probablement persuadé qu’ils étaient de vieux amis ou une toute autre histoire innocente qui pouvait avoir traversé son esprit. Il ne pouvait pas avoir plus tort, et elle avait l’impression que ses pieds étaient de béton tandis qu’elle hésitait sur le pas de la porte, que sa solitude soudaine lui donnait l'impression d'être laissée sans armes sur un champs de bataille. Mais qu’avait-elle de plus à perdre, si ce n’était le peu de raison qu’il lui restait?
Laura avait toujours été du genre à écouter son cœur plutôt que sa tête. Elle prit une grande inspiration, sentant ses poumons s’emplir, lui donner un air de bravoure qu’elle n’était pas certaine de posséder. Elle sortit dans le couloir devant son appartement, fermant la porte derrière elle, une impression de plonger tout droit vers sa propre fin l’entêtant.
Elle se retournait vers lui, vers celui qui avait une fois de plus tout gâché, qui se permettait de cogner à la porte de sa vie quand elle croyait que tout allait mieux et venait faire battre son cœur essoufflé. Sans même qu’elle ne le voit elle-même venir, sa main s’élevait, venait frapper sa joue. Sa voix restait basse, parce qu’elle n’avait pas envie d’être entendue par l’autre homme dans son appartement, que les murs étaient faits de carton, mais son visage partageait toutes ses émotions, cette colère. « Comment oses-tu? M’emprunter? » Elle croisa les bras, le dévisagea. « Peut-être que tu n’as toujours pas compris, mais je n’ai plus de place pour toi ici. » Ses mots lui firent l’effet de couteaux qui lui déchiraient l’abdomen. Elle voyait sa joue qui rosissait et elle ne sentait pas vraiment mieux, mais elle en avait eu besoin, comme elle avait besoin à ce moment-là de se cacher derrière des mensonges et se faire croire qu'elle disait la vérité. Insensible, certains lui diraient, il est revenu de deux ans en enfer et il cogne à ta porte, idiote. Mais pourquoi ne comprenaient-ils pas qu'elle n'avait peut-être pas passé les deux dernières années en enfer, mais tout près?


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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Dim 1 Fév - 19:08

❝ même s’il s’endort là où tu te couches,
s’il a su délier les  mots encore brûlants accrochés
à ta bouche ; tu penses à moi quand il te touche.❞


C’était comme un trou béant à la place de sa poitrine. Il pouvait sentir les moindres battements de son cœur devenus brûlures ardentes. Le feu le consumait de l’intérieur, il sentait déjà les cendres virevolter dans son ventre. Peut-être que la douleur était insupportable, finalement, peut-être qu’il aurait simplement dû tourner les talons et reprendre le cours de sa vie exactement là où il l’avait laissé, quelques six cent soixante jours plus tôt. Ça lui rappelait vaguement la douleur du crash ; la douche froide, le sang, les brûlures, et la peine, oui l’effroyable sensation que quelque chose a disparu et que jamais il ne reviendra. C’était exactement la même chose ; leur amour était parti, envolé au rythme des années passées loin l’un de l’autre. Seulement, il ne voulait pas ouvrir les yeux pour voir la vérité en face. Encore un peu d’illusions merveilleuses – c’était tout ce qu’il demandait. Ensuite, il aviserait. Seulement, la réalité finit toujours par vous rattraper, et Aron s’en rendit précisément compte au moment où il sentit les doigts chauds de Laura s’écraser contre sa joue. Dans un réflex, il recula légèrement, incapable de faire mieux. Pris sur le fait, il l’observa en silence, les yeux pleins de contradictions, sentant les tous derniers pans de son cœur filer dans les abîmes de leur amour disparu.
Elle était en colère, il pouvait le comprendre. Elle lui en voulait, à ça aussi, il pouvait s’accommoder. Il pourrait toujours lui donner toutes les explications du monde, lui raconter tout ce qui avait pu le tenir éloigné d’elle pendant ces longues années, et même lui expliquer comment il avait fait pour en revenir. Il n’y avait qu’une seule chose qu’il ne pouvait pas faire : accepter. Accepter de l’entendre dire de telles choses. Accepter de la voir lui cracher les pires horreurs du monde à la figure. Accepter de n’être plus qu’un parmi d’autres ; cette page qu’on tourne après quelques bonheurs, et de nombreux malheurs. Accepter de faire face à la réalité, finalement.
L’avion, il s’est écrasé, c’était pas ma faute, j’ai rien demandé à personne mais c’est arrivé, et j’ai pas cessé de penser à toi. Pas une seule seconde d’une seule minute d’une seule heure de ces deux foutues années, à chaque instant je pensais à toi. J’me demandais ce que tu faisais, quelle heure il était, quel jour même, si tu étais en train d’étudier, te doucher ou manger, si tu pensais à moi. J’ai pas arrêté de penser à toi. Mais toi oui. Voilà précisément ce qui l’empêcha de lui hurler tous ces mots. A la place, il se contenta de laisser s’installer un drôle de silence entre leurs deux corps, les yeux vaguement perdus dans ceux de la blonde. Il la connaissait par cœur, aurait pu la dessiner les yeux fermés – et pourtant il ne la reconnaissait pas. Il n’était dorénavant plus capable de lire dans ses yeux comme il avait pu le faire tant de fois auparavant. Il n’était plus capable de dire si ses joues prenaient doucement cette couleur cramoisie parce qu’elle avait chaud, parce qu’elle était énervée ou simplement gênée. A cet instant, tandis qu’il réalisait à quel point tout était en train de foutre le camp, une deuxième réalité lui traversa l’esprit : ils ne se connaissaient plus.
Il n’avait pas imaginé, pendant ces deux années, que son regard ait pu se tourner vers un autre. Que ses yeux aient pu briller pour ceux d’un autre. Que son sourire ait pu être le reflet de celui d’un autre. Que son cœur ait pu battre pour un autre. Un autre que le sien. Il n’avait pas imaginé car, lui aussi, avait passé son temps plongé dans les souvenirs. Il avait laissé le passé l’ensevelir, le noyer pour mieux lui faire du mal. Il avait passé des nuits entières à penser son visage, simplement pour ne pas l’oublier, dans l’espoir qu’un jour, il pourrait de nouveau le toucher. Le réveil était seulement bien plus difficile que ce qu’il avait jamais pu imaginer. La réalité fait toujours plus mal. ❝ J’suis désolé d’être revenu d’entre les morts. Apparemment t’aurais préféré que j’y reste, mais c’est pas le cas. ❞ Pour la première fois, sa voix semblait beaucoup plus dure, forte, et surtout impressionnante. Parce qu’il avait l’impression de perdre pied, il se permettait de laisser parler une certaine partie de lui qu’il ne se connaissait même pas. Encore une fois, il mentait.
❝ Je suis désolé ❞, tout court. Oui, il était simplement désolé de tout, et à la fois de rien. D’être revenu, mais pas seulement. D’être parti, de lui avoir fait espérer dans le vent, de l’avoir laissé seule face à elle-même et surtout à tous ces autres qui avaient dû bien rire à son visage lorsqu’elle s’était retrouvée plantée-là par celui qui était censé l’aimer au point d’affronter tous les regards, toutes les critiques. Il était désolé qu’elle ait trouvé quelqu’un d’autre pour la faire rire, sourire, aimer. Il était désolé de rire si tard – de revenir trop tard. Il s’en voulait pour tout ça, même si, finalement, rien n’avait vraiment été sa faute. Il ne pouvait simplement pas imaginer un tel concours de circonstances, pourtant les preuves étaient là, lui faisaient face, lui brûlaient atrocement la joue. Il suffisait simplement qu’il daigne ouvrir les yeux, voir cette horrible vérité, la regarder droit dans les yeux et jeter les armes à ses pieds. Il fallait maintenant se rendre à l’évidence ; et s’il l’aimait encore, ne serait-ce qu’un tant soit peu, il se devait de la laisser reprendre son existence comme si de rien n’était. C’est, tout au moins, ce qu’il parvint à se persuader, tandis qu’il tourna les talons. Il étouffait dans ce couloir, il suffoquait dans cette situation, il crevait de cette vie. Il fallait simplement qu’il s’en aille ; il n’avait juste aucune idée d’où.

Il franchit presque trop lentement le couloir et, une fois arrivée dans l’escalier, il sentit son pied reposer son poids sur la première marche tandis que sa tête se tournait doucement vers la blonde. Il ne pouvait pas s’en empêcher, c’était bien plus fort que lui. ❝ J’ai pas pu m’empêcher de revenir. J’pouvais pas m’en empêcher, tu sais ? J’ai cru que… J’ai cru tellement de choses. Mais t’as l’air d’aller bien, alors j’suis content pour toi. ❞ Etait-ce encore un de ces nombreux mensonges qu’il s’évertuait à faire croire ? Probablement, oui. A vrai dire, tout son corps disait le contraire – de sa peau beaucoup trop hâlée à ses doigts tremblants, de ses petits yeux fatigués de quelqu’un qui n’a pas dormi plus d’une dizaine d’heures en plusieurs jours jusqu’à cette barbe un peu trop crade pour être sexy. Sa maigreur était flagrante ; sa fatigue et sa saleté l’étaient aussi. Malgré tout, ça lui réchauffait le cœur, de voir que son existence à elle n’était pas si misérable que la sienne, à lui. Un peu.
Il faisait pitié et elle l’avait remarqué. Après tout, qui voulait passer le reste de sa vie avec quelqu’un tombé bien plus bas que terre ? Probablement pas Laura, en tout cas.

Il avait envie de lui souhaiter une belle vie, une bonne continuation, et de lui passer la bonne année et un joyeux Noël pour en finir avec tout ça. Paradoxalement, il voulait s’en aller loin, très loin de tout ce bonheur dont il ne faisait définitivement plus parti, mais son corps refusait d’être autre part que là où il était. Un instant, il laissa son regard se noyer une dernière fois dans celui que celle qui l’avait aimé, il fut un temps. Et, sans rien prévoir, un sourire se dessina sur ses lèvres desséchées. Un triste sourire duquel s’échappait autant de douleur qu’il en gardait à l’intérieur. Mais un sourire quand même.
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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Ven 6 Fév - 17:21

wide awake and so confused

One day I just woke up and realized that I can’t touch yesterday. So why the heck was I letting it touch me?


Un gros, gigantesque mensonge. Bien sûr qu’il avait encore de la place. Elle était si grande que le cratère qu’il avait laissé l’avait obligée à piétiner son chemin autour, jour après jour. Le problème c’était qu’il était plus facile de mentir, de se raconter que non, qu’elle avait tourné la page et ne voulait plus retourner dans le passé. Ce serait tellement idiot, tellement bête de ne pas apprendre de ses erreurs et de le laisser se réinstaller là où il avait laissé ce trou béant que personne d’autre ne pourrait jamais remplir. Elle avait appris sa leçon : l’amour, ça fait mal, trop mal. Pas comme une chute, pas comme un atterrissage douloureux. Non, plutôt comme lorsque l’on découvre que la seule chose qu’on aime le plus au monde est tout ce qu’on ne croyait pas, comme si on se faisait planter un couteau dans l’abdomen et que c’était un ami qui tenait la lame. Le genre de douleur qu’on n’explique pas, on la ressent et on ne s’en remet jamais vraiment.
Sa douleur s’était engourdie, jusque-là. Jusqu’à ce qu’elle le trouve sur le pas de sa porte, son grand regard bleu encore vivant, son cœur au bout de ses doigts. Elle était perdue, Laura. Que ce soit à ce moment-là, dans sa vie, à tous les moments. Elle ne savait pas où elle allait, elle ne savait plus comment aimer, elle ne savait plus comment respirer. Elle ne l’avait jamais vraiment oublié. Chaque 20 de chaque mois était devenu un douloureux rappel de ce qu’elle avait perdu. Parfois, il était partout où elle regardait et même ses paupières ne lui permettaient pas de se cacher de ces souvenirs. Il avait été là, tout le temps, chaque jour, mais c’était son fantôme, pas lui, pas le vivant amoché, au cœur brisé, au visage maigre, à la fatigue sur chaque trait.
Il respirait la douleur, les choses qu’il avait vues à travers chaque trait de ses prunelles et elle… elle avait l’impression qu’il lui demandait le monde, qu’il s’attendait à trouver chaque solution en elle. Laura, elle n’était pas grand-chose. Une énième étudiante d’une énième grande ville qui ne se ferait jamais remarqué vraiment. Elle ne pouvait rien pour lui. Ne pouvait pas le sauver de sa misère, ne pouvait pas être le miracle qu’il attendait. Jamais elle ne serait prête à tout claquer une deuxième fois pour une histoire qui ne tenait que sur des ruines, parce que c’était ce qu’ils étaient devenus : des ruines.

Je suis désolé. Ces trois petits mots résonnaient dans le couloir entre eux, frappant son cœur d’une misère brutale. Ce n’était pas de sa faute et, à quelque part, elle le savait, mais c’était la faute à qui alors? Il n’y avait jamais eu de numéro pour se plaindre du mauvais service, pour laisser comprendre que la prochaine fois qu’elle confierait son cœur à quelqu’un, elle préférerait que cette personne-là ne disparaisse pas avec celui-ci au milieu d’un océan pendant deux ans. Peut-être était-ce à elle de lui dire désolé, de s’excuser de l’avoir tellement aimer qu’il avait cru qu’elle serait à lui pour toujours, de s’être autorisée à chercher dans le regard d’un autre la lueur qu’elle avait trouvé dans le sien. Il n’avait pas à être désolé, même si tous ces mots étaient trop vrais. Il aurait dû rester mort et, même si la culpabilité l’assenait, elle ne pouvait pas lui dire le contraire. Tout aurait été plus facile comme ça, comme ce l’était hier et avant-hier.
Aron, son prénom rimait avec la douloureuse sensation d’un amour qui s’était fracassé du jour au lendemain. Laura le regardait s’éloigner, tout doucement, lentement, chaque pas frôlant à peine le sol avant qu’il ne s’arrête, son regard la trouvant à nouveau. Elle se trouvait ridicule, une éternelle contradiction, alors qu’elle souhaitait presque qu’il reste, lui offrir une couverture, peut-être quelque chose à manger. Brisé, il lui avait l’air brisé. L’enfant qu’elle avait été avait toujours cherché à reconstruire, à aider et ses doigts lui brûlaient de se tendre vers lui, de l’aider à redevenir quelqu’un, à nouveau.
Mais elle restait muette, même si tout son monde s’était déjà détruit la seconde où elle avait entraperçu son prénom sur une liste idiote. Elle allait mentir jusqu’à ce que ça devienne vrai. Ils étaient comme un puzzle et les pièces qu’ils avaient été n’étaient plus celles qu’ils étaient aujourd’hui. Ils ne pouvaient pas tout simplement s’encastrer dans leurs anciens emplacements, les fissures et les bouts cassés les empêchant de se mettre là où ils avaient déjà été parfaits. Il parlait tout doucement, scellant ce qu’elle croyait. Ces mots, ce qui ressemblait tellement à un adieu, lui firent l’effet d’une claque, tandis que ses bras, qui se balançaient à côté d’elle, lui faisaient l’effet d’être trop vides.

La solitude se fit soudainement tellement présente comme si elle sortait de l’ombre dans laquelle elle l’avait enfouie, l’enveloppant tout doucement dans ce couloir vidé de toute vie. Son regard se perdait dans le sien et elle le laissa, elle garda le contact, parce que ses yeux avaient toujours la couleur de l’océan et lui rappelait ce qu’il avait été. Un mince sourire apparaissait sur ses lèvres ternes et, cette fois, elle avait mal, mais pas pour elle, pour lui. Il avait passé deux ans au milieu de nulle part, à vivre des choses qu’elle ne pourrait jamais comprendre et, aujourd’hui, il était revenu, dans une grande ville qui ne l’accueillerait jamais comme elle aurait dû. La première porte sur laquelle il avait cogné, c’était la sienne, sa porte. Si elle avait été à sa place, qu’aurait-elle fait de différent?
Le problème, peut-être, c’était qu’elle n’aurait jamais été à sa place. Si elle avait disparu, il aurait probablement été celui à l’attendre et elle aurait eu un endroit, un chez-soi, où elle pouvait rentrer, se chercher, se retrouver.
Elle ne pouvait pas le laisser partir, les mains aussi vides qu’il semblait les avoir à cet instant. « Attends. » Mais elle ne pouvait pas le laisser tout rafler comme il le faisait sans même s’en rendre compte. Son cœur explosait dans sa poitrine, pleurant pour elle la douleur qui la brûlait. Elle ne pouvait plus l’aimer, mais ça ne signifiait pas que tout leur passé était aussi bien enterré qu’elle ne le faisait croire. Deux petits pas dans le couloir fatigué par les milliers de pas qui le frôlaient chaque jour. Son propre regard bleu s’arrêta un instant, ses lèvres entrouvertes cherchant des mots là où il n’y en avait plus. « Tu n’peux pas être content pour moi. » s’entendit-elle dire, restant elle-même surprise par ses mots. Une main passa dans ses cheveux, avant de s’attarder sur ses paupières lourdes. Elle sentait qu’elle perdait lentement le cap. Ses pensées se bousculaient, la laissant avec trop de choses à dire pour le peu de mots qu’elle avait. Elle crevait d’envie de tout lui dire, de tout lui balancer, mais il semblait tellement mal en point et elle ne se sentait pas de lui faire plus mal encore. Ses épaules tombèrent, d’un air défait. « Je sais que j’peux pas comprendre tellement de choses, mais… ne m’dit pas que tu es content pour moi. » Parce que ça faisait plus mal encore que tout le reste, parce qu’il mentait et que les mensonges avaient toujours eu un goût trop amer pour elle. Elle serrait les poings, tandis que ses yeux regardaient ses pieds, les murs. « J’ai… j’ai vraiment cru que t’étais mort, tu sais? Pendant tout ce temps. T’étais mort et tu reviens comme un cheveu sur la soupe, tout New York ne fait que parler de ça et… je croyais que t’étais mort. » T’étais mort, m*rde, j’ai cru que tu m’avais quitté pour toujours, j’ai senti tout mon corps tomber, j’ai tout perdu, pendant un instant. Elle ne savait plus trop pourquoi elle disait tout ça, pourquoi elle s’ouvrait soudainement, mais les mots je suis désolée semblait s’attacher aux siens et elle ne pouvait plus le regarder, il n’avait plus de place, elle l’avait dit elle-même. Quelqu’un d’autre l’attendait pas si loin que ça, mais elle ne savait plus comment le laisser aller sans sentir son propre cœur s’en aller avec lui à nouveau. La fragile Laura, la forte Laura, à quelque part, c'était toujours la même.



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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Dim 22 Fév - 19:05

❝ même s’il s’endort là où tu te couches,
s’il a su délier les  mots encore brûlants accrochés
à ta bouche ; tu penses à moi quand il te touche.❞


Il n’avait jamais rien voulu de tout ça, mais, sans trop savoir pourquoi, ça s’était passé. Et ils en étaient là, à se fixer silencieusement, le cœur lourd et l’âme en peine, sans vraiment savoir quoi se dire. C’était comme si chaque mot qu’il s’apprêtait à prononcer pouvait le faire courir à sa perte en une fraction de seconde et la sensation le brûlait de l’intérieur.
Il n’avait pas mérité ça ; mais elle non plus. Quelque part, sur leur chemin, quelque chose avait mal fonctionné et tout avait dérapé d’un grand coup. Mais elle ne pouvait pas ne plus l’aimer. Ça, il le savait et, si jamais c’était encore sa seule certitude, alors il acceptait de ne garder que celle-là. C’était ça, l’espoir de la revoir un jour marcher à ses côtés. S’il perdait cela, son monde s’écroulerait et sa vie perdrait son sens. Il ne voulait pas accepter ça – pas une seconde fois. Toute la bonne volonté du monde n’aurait pas suffit à l’en convaincre, simplement car il demeurait persuadé qu’ils méritaient mieux que ça. Mieux que cet étrange rien qui les reliait quand même, mieux que ces adieux prononcés à demi mot alors même que leur histoire avait déjà sonnée son glas. C’était trop difficile d’accepter que tout était déjà terminé depuis si longtemps maintenant.
Il n’avait jamais perdu espoir.

Sans trop savoir pourquoi, il avait été incapable de faire plus d’un pas dans cet immense escalier. Il avait bien essayé, mais il n’avait pas réussi à s’éloigner. Il en avait assez de cette distance, de ces mensonges, de ces concepts qui veulent qu’on rattrape le temps perdu. Il ne voulait rien rattraper, il se foutait pas mal de tout ce qu’il avait bien pu louper pendant ces deux années d’absence, tout comme il se fichait totalement de ce que les autres pouvaient bien lui raconter. Il était simplement certain d’une seule chose : il n’en pouvait plus de vivre loin d’elle. Il en avait plus qu’assez de la sentir loin de lui, il voulait juste bouffer cette distance qui s’était amusée à les tuer à grand coup d’absence et d’espoir déçu. Il avait sentit son souffle court lorsqu’il avait compris ce qui lui arrivait, puis il avait manqué d’air au moment de se rendre compte qu’il ne la reverrait peut-être plus jamais. Il avait bien essayé de respirer un autre air, un air plus pur et moins douloureux, seulement son cœur l’avait brûlé un peu plus fort à chaque fois. Il n’avait pas réussit à noyer son chagrin dans une quelconque boisson, comme il n’avait pas réussit à sécher ses larmes contre une épaule chaleureuse. Souvent, il avait préféré être seul, pensant qu’il y était mieux qu’accompagné ; et, quelque part, il s’était empêché de voir tant de monde pour laisser toute la place à ce fantôme qu’il avait trainé à ses côtés pendant toute son existence sur ce morceau de sable. Ce fantôme qui l’avait écrasé, congelé ; qui avait couru à sa perte. Lui il avait refusé les présences parce que son absence pesait trop lourd ; il n’avait pas été capable d’accepter les autres parce qu’il n’avait jamais voulu qu’une épaule chaude pour être réconforté, qu’une voix douce pour être encouragé, qu’une bouche parfaite pour être embrassé : celles de Laura.
Pourtant, maintenant qu’il avait enfin réussit à tuer tous ces foutus kilomètres qui, pendant trop longtemps, les avaient séparés, la sensation n’avait rien de comparable à celle qu’il avait toujours escomptée. C’était moins beau, moins brillant, moins prenant. C’était simplement douloureux au point qu’il avait presque envie de s’enfouir dans tous ces faux souvenirs qu’il s’était construit petit à petit, chaque soir avant de s’endormir. Il avait songé à tant de choses, à tant de belles déclarations à lui faire ; et il en avait fini par se dire qu’il la demanderait en mariage dès son retour. L’espace d’une seconde, les pieds posés sur ce sol qu’il ne reconnaissait plus, il avait escompté de le faire pour de vrai. Mais bien vite, une réalité s’était imposée à son esprit : on ne demande pas à quelqu’un de passer le reste de sa vie à ses côtés quand on l’a abandonné pendant deux ans. Cette idée ne faisait plus aucun sens, un peu comme leur histoire, finalement.

Et pourtant, elle était là. Oui, elle était encore bien présente pour le retenir, au moment où il avait le moins envie de s’en aller. D’un geste particulièrement lent, il ne put retenir son corps de se tourner vers elle. Sa seule satisfaction était là, plantée au fond de ses yeux – car elle était aussi belle que dans ses souvenirs, peut-être même encore plus. Buvant ses paroles, il ne sut pas vraiment quoi lui répondre. Finalement, il ignorait s’il pouvait vraiment être heureux pour elle. Il avait quand même fait d’elle tout son monde, l’astre autour duquel tournait sa propre planète, quand elle avait préféré l’enterrer pour mieux obtenir le droit de l’oublier. Et pourtant, oui pourtant, le simple fait d’imaginer un sourire sur ses douces lèvres rassurait son cœur et apaisait ses battements fous. Et peut-être qu’au fond, c’était suffisant.
❝ Je sais, je sais… ❞ souffla-t-il lentement, semblant enfin prendre conscience du problème. Le souci, c’est qu’il avait disparu et que, même si rien de tout cela n’était sa faute, il ne pouvait en être la victime. C’était elle qui avait souffert en silence de son absence, elle qui avait dû se rendre à l’évidence – évidence qui n’avait, aujourd’hui, absolument plus rien de réel. C’était dingue, à tel point qu’il avait lui-même du mal à en croire ses yeux. ❝ Ca aurait tellement été plus simple pour tout le monde, que je sois vraiment mort. ❞ Pour une fois, il le pensait réellement. Parce qu’il avait passé deux années aux enfers, qu’il avait disparu de la surface de la terre – aujourd’hui, en ressuscitant si subitement, il ramenait avec lui les terribles souvenirs vieux et oubliés que tout le monde aurait préféré laisser là où ils étaient. Il semblait, comme frappé d’un drôle d’éclair de génie, enfin réaliser qu’il n’était pas revenu seul – qu’il portait son lourd passé sur ses épaules, et avec lui de drôles de souvenirs, jadis si beaux devenus brûlants et douloureux.

❝ Je suis quand même content. Parce que t’as réussi. Tu m’as oublié. ❞ Si c’était douloureux, c’était surtout très salvateur de se l’avouer. Bien-sûr qu’il avait mal ; mal de la penser à un autre, mal de la voir heureuse à côté de quelqu’un qui n’était pas lui ; mal de n’être devenu qu’un souvenir, puis une poussière pour devenir fantôme, invisible et presque sans jamais avoir réellement existé. Mais c’était bon, quand même, de voir qu’elle souriait encore. Différemment, certes, mais c’était déjà ça et il se devait de le lui dire. ❝ Vraiment, ça fait mal, mais je… J’suis réellement content. Je pense que ta vie est bien plus simple maintenant, je peux pas encore te promettre de tout faire pour qu’elle le reste mais je vais essayer, et il fallait vraiment que tu le saches. ❞ Un semblant de vérité dans ses mots, qui ne voulait pas dire autre chose que ce qu’il venait d’annoncer. Mais il était sincère : il essaierait de ne pas la retenir. Parce qu’au fond, elle était déjà partie depuis longtemps.
❝ Et puis, j’m’attendais à quoi, hein ? A c’que tu m’accueilles à bras ouverts, comme si j’avais jamais disparu ?! ❞ Le sourire de ses lèvres trahissaient autant de douleur que d’ironie. Certes, il avait dû se rendre à l’évidence, et comprendre sa réaction froide, glaciale. Et pourtant, une part de lui l’espérait toujours. Qu’elle changerait d’avis, qu’elle reviendrait en arrière, refermerait cette porte pour mieux l’ouvrir sur un avenir en couleur. Qu’elle lui dirait tout ce qu’il avait toujours voulu entendre, et qu’ils recommencent une vie ensemble. A deux.

Alors, dans un élan insensé d’espoir, il osa franchir les derniers mètres qui les séparaient. Il y avait deux longues années que leurs corps n’avaient pas été si proches, et cette simple sensation redonnait un peu de sens à tout ce temps passé à survivre, un peu pour lui et beaucoup pour elle. Il osa enfin saisir ses mains dont il n’avait jamais oublié la douceur et, la regardant droit dans les yeux, éternellement souriant, il céda à cette drôle de tentation qu’il avait refréné un peu trop longtemps. ❝ Mais je veux que tu prennes ton temps, d’accord ? Je n’ai jamais été loin mais tu n’le savais pas. Ca fait deux ans, alors quelques jours, semaines ou mois de plus changeront pas grand-chose. J’suis là maintenant, je bouge plus. Mais on ne doit pas prendre de décision hâtive, d’accord ? ❞ Il y avait encore bel et bien un « on » dans son cœur, c’était une évidence. Il rêvait simplement de laisser ses lèvres retrouver le chemin de celles de Laura à cet instant précis, mais il parvint à se faire violence. Parce qu’il venait de lui dire le contraire, que brusquer les choses ne serviraient à rien. Et parce qu’il fallait parfois simplement laisser du temps au temps, et peut-être que les choses finiraient enfin par tourner dans le bon sens.
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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Sam 28 Fév - 2:58

wide awake and so confused

one day i just woke up and realized that i can’t touch yesterday. so why the heck was i letting it touch me?


Le temps ne s’arrêtait jamais pour qui que ce soit. On pouvait le croire, on pouvait se persuader de tout son cœur que pendant cet instant où le bonheur explosait et la paix s’en emparait, les minutes avaient cessé de couler dans leur éternelle descente, mais ça ne rendait rien de tout ça plus réel. Les minutes, les heures, les secondes, elles tenaient entre leurs mains inexistantes le monde entier et elles continuaient d’avancer. Elles creusaient leur trace, comme l’eau laissait ses fissures dans les mares de sable. La preuve de leur présence était si profonde, elle commençait tout doucement, puis, lentement, mais sûrement, elle s’emparait de tous les petits morceaux qui trainaient, les remodelaient, les changeaient. Le temps avait pu couler dans son grand sablier. Il avait eu le temps de glisser avec eux.
Peut-être était-ce pour cette raison que rien n’était pareil.
Si on lui avait dit qu’un ancien amour allait revenir des morts pour cogner à sa porte, elle aurait cru à un de ces films à l’eau de rose. Une de ces réalités facile, aisées, où elle aurait pleuré des larmes de bonheur pour un retour qu’elle n’aurait jamais cru possible. C’était la réaction facile, logique, la réaction qu’on aurait attendue d’elle si elle avait été l’héroïne d’un de ces films dont les histoires n’avaient jamais eu le mérite de changer la vie de qui que ce soit. Mais ces émotions étaient plus complexes, elles se déchiraient entre elles pour choisir laquelle serait grande gagnante, une guerre qui lui donnait presque la nausée. Elle avait les mains qui lui criaient de s’assurer qu’il n’était pas qu’un rêve, les pieds qui voulaient tourner de l’autre côté et ne jamais plus regarder derrière eux, les yeux qui ne pouvaient pas y croire et le cœur qui se brisait en deux. Elle avait si froid, mais cet étrange réconfort venait la réchauffer. Parce qu’après tout, il était encore en vie.

Peut-être qu’elle ne pourrait jamais plus l’aimer comme elle l’avait fait. Peut-être que son cœur avait tellement souffert que les fils décousus qui le rattachaient n’arrivaient plus à soutenir les ailes qu’il lui avait déjà donné. Peut-être que les papillons finiraient tous par s’entretuer. L’important, le plus important, c’était qu’il était encore là. Il respirait, il vivait, il n’était pas tout à fait intact et il ne le serait plus jamais, mais le principal, son essence, elle se tenait tout droit devant elle, ses grands yeux perdus, mais près, plus près qu’ils ne l’avaient été dans les deux dernières années. Laura ne pouvait pas mettre le doigt sur la bonne émotion, lui dire qu’elle était heureuse, déçue, soulagée, fâchée qu’il soit là, à New York, sur le pas de ce minuscule appartement, qu’au fond, elle n’avait jamais vraiment réussi à quitter. Sauf qu’elle savait, elle savait que son cœur avait les yeux mouillés de savoir qu’il allait bien, n’était pas mort, qu’elle pouvait encore le trouver. Il était là, et c’était plus qu’elle n’avait jamais osé espérer.
Elle aurait pu le lui dire, au fond. Elle aurait pu lui dire qu’elle avait vraiment cru qu’il reviendrait, qu’il ne pouvait pas être mort si bêtement, au si mauvais moment. Elle aurait pu lui avouer qu’elle avait espéré de tout son cœur qu’on le retrouve vivant sur une île déserte, mais qu’on lui avait répété si souvent que ça ne servait plus à rien de rêver qu’elle avait fini par y croire. Étrangement, ça sonnait drôlement comme si elle lui avait dit qu’elle avait cessé de croire en lui et les paroles se bloquaient au fond de sa gorge. Laura, elle ne croyait plus à rien si ce n’était, qu’à tout instant, elle allait se réveiller dans son lit, paisible, le cœur perdu entre un rêve qu’elle aurait aimé être vrai, mais pas vraiment. Ça ne pouvait pas être la réalité, tout ça lui semblait tellement surréel. Lui, tout près, elle, si près de tomber.
Il lui disait qu’il savait et elle le croyait. Il avait toujours sût mieux qu’elle. Le problème, c’était ce qu’il disait après, qu’il murmurait d’un air de défaite qu’elle aurait aimé pousser vers le haut, effacer même de tout son vocabulaire, oublier cette douleur qu’il acceptait avec aisance. Ça aurait été mentir de dire qu’il ne rendait pas tout plus compliqué, que, même s’il était revenu les mains plus que vide, il avait trainé avec lui un bagage lourd d’un passé marqué. Si seulement ils avaient été ordinaires, tout aurait été facile. Mais, être ordinaires, ils n’auraient pas été là ce dimanche matin, tout près de tout perdre et de tout gagner, jouant à des retrouvailles plus que maladroites. Le silence parla pour elle, tandis que ses pieds la chatouillaient de faire quelque chose et ses mains lui semblaient de trop de chaque côté de son corps.

Tu m’as oublié. L’avait-elle seulement oublié? Ou avait-elle été si têtue de le bloquer de toute sa vie, qu’au final, elle lui avait laissé toute la place? Elle ne vivait plus, elle croyait vivre. Son cœur n’avait jamais battu aussi fort pour celui qui l’attendait derrière la porte qu’il le faisait à cet instant. Toute sa vie avait changé, parce qu’il avait laissé une ombre si grande que plus rien ne semblait briller. En même temps, elle était heureuse, oui, elle allait bien, son cœur battait et elle ne pensait plus à lui dès qu’elle fermait les yeux. C’était vrai que sa vie était plus simple, plus facile, mais pas forcément plus belle, plus colorée. Elle était entourée de teintes de pastels où seul le temps avait pu souffler des couleurs. Le gris, il l’entourait encore d’un peu partout, mais elle le voyait moins qu’avant, elle l’oubliait presque. Au fond, Laura savait que sa vie ne serait jamais simple avec Aron qui s’introduisait dans le décor, mais elle se demandait si ça la dérangeait vraiment.
Il n’avait jamais vraiment cessé de lui manquer.
L’ironie s’étalait entre eux, tandis qu’elle sentait ses yeux se baisser. Il y avait des sous-entendus si lourds derrière ce qu’il disait qu’elle n’aurait été qu’hypocrite de sourire à cet instant-là. Elle croisait les bras, un faux semblant de confiance qui lui avait toujours servi de bouclier, tandis qu’elle relevait les yeux, sa lèvre saignant presque sous l’impact de ses dents qui s’y enfonçaient. Mais quelle connerie était-elle en train de faire? Il s’approchait, tout doucement, et déjà elle sentait ses défenses tomber, les barrières le laisser passer. À quoi bon mettre tous nos gardes au même front si on ne leur disait jamais de lever les armes? Un soupire, lent, tranquille, qui libérait ses poumons d’un poids trop lourd, tandis qu’elle le voyait de plus près qu’elle ne se rappelait l’avoir vu depuis trop longtemps.
Chacun de ses traits, elle aurait pu les observer pendant des heures, mais tout ce qu’elle voyait vraiment, c’était ses yeux aux couleurs qui s’emmêlaient dont elle avait cru se souvenir si bien, mais qu’elle avait peut-être plus oublié qu’elle ne le croyait. Lorsque ses iris passaient sur son visage, c’était des souvenirs de toutes ses observations, cette fascination pour chacun de ses reliefs qu’elle aurait pu dessiner les yeux fermés. Les traits, dans la couleur de ces yeux, elle en voyait tous les détails, mais elle cherchait, cherchait ce qu’il se cachait derrière. Elle l’avait si bien connue, mais elle n’était plus certaine de pouvoir le lire comme elle l’avait déjà fait.
Ses mains entouraient les siennes, un mélange de douceur et de rudesse, de fermeté et de tendresse. Ce fut l’instant où, enfin, elle comprit qu’elle ne rêvait pas. Elle était là, lui aussi, et cette étrange réalité ne serait pas qu’une absurdité demain. Pendant un instant, elle songea à lâcher ses mains, ce lien irrémédiable qui ne s’était jamais vraiment brisé comme elle l’avait cru, mais même la pensée n’arrivait plus à tenir dans sa tête étourdie. Il était trop tard pour reculer, pour refermer totalement la porte. Elle en arrivait presque à se demander si ça n’avait pas été trop tard depuis le début. C’était le chaos, elle le savait, mais un étrange sentiment de paix la couvait, cette chaleur qui lui avait tellement manqué.
Mais les problèmes, Laura ne les oubliait jamais. Sa voix, elle murmurait, sa voix si faible qu’il ne pouvait l’entendre que parce qu’il était si près. C’était à elle-même et à lui, à personne d’autre, qu’elle parlait. « Aron, je suis désolée, je peux plus, j'peux plus être ce que tu voudrais. » Parce qu’elle les voyait, les espoirs qui naissaient derrière les étincelles nouvelles dans ses yeux. Elle ne pouvait plus le faire espérer, le faire attendre qu’elle revienne, alors qu’elle n’avait pas l’intention de revenir. Non, elle ne pouvait pas, elle ne pouvait tout simplement pas. La chaleur de ses doigts entre les siens lui semblait presque lointaine, tandis qu’elle pressait un peu plus fort, qu’elle les serrait pour mieux se rappeler qu’il était vraiment là. « Tu n’peux pas te faire de faux espoirs. Tu le sais? » La question n’en était pas vraiment une, au fond, mais elle n’avait que faire des détails. Lentement, elle sépara ses mains des siennes, avant de reculer d’un pas, toujours trop près, mais pas plus que trop. Ses mains lui semblaient soudainement si vides, c'était comme si on lui arrachait tout ce qu'elle avait cherché pendant des années. Même la distance supplémentaire lui semblait être trop grande, il était trop loin, mais c'était exactement pour cette raison qu'elle ne pouvait pas le laisser faire, tout prendre. « Mais… on peut être amis, bien sûr. Je… » Marre d’hésiter, de toujours marcher sur des œufs, de chercher les bons mots pour dire des choses qui ne seraient jamais vraiment comprises. Amis, elle-même se trouvait ridicule, mais elle n'avait rien de plus à lui offrir, si ce n'était qu'une amitié. Elle ne pouvait pas lui demander de partir, pas alors qu'elle sentait qu'elle ne pouvait plus le laisser s'en aller. « Tu m’as manqué. » Elle laissa les quatre petits mots dans l’air, les laissa s’échapper de ses bronches en même temps que tout le poids qui coulait sur ses épaules. Elle lui offrit un petit sourire, un tout mince sourire, qui réussit malgré tout à atteindre ses yeux.
Parce qu’il lui avait vraiment manqué, il lui avait manqué plus que n’importe quoi.




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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Dim 12 Avr - 0:44

❝ même s’il s’endort là où tu te couches,
s’il a su délier les  mots encore brûlants accrochés
à ta bouche ; tu penses à moi quand il te touche.❞


On raconte qu’il y a des choses que la vie n’explique pas. Mais la vérité était ailleurs, et le nouveau new-yorkais le savait. Planté comme un piquet devant un espoir déçu et face à un avenir en noir et blanc, il comprenait, doucement mais amèrement, à quel point les choses semblaient se jouer de lui. En réalité, la vie n’expliquait absolument rien et elle ne l’avait jamais fait. Les choses se déroulaient simplement les unes après les autres, les espoirs s’en allaient au fur et à mesure, balayés par l’amertume et la tristesse d’une vie qu’on avait rêvée autrement. Et la vie n’expliquait rien, pas le moindre détail ; elle se contentait juste de défiler à une vitesse fulgurante, une sorte de sourire ironique à la gueule et l’air de dire « tu l’as bien mérité, tiens ».
De loin, il observait cette scène qui se jouait devant lui comme si, finalement, il n’était rien de plus qu’un spectateur. Spectateur d’une drôle de scène dont il ne maîtrisait plus rien depuis bien longtemps – depuis le début, somme toute. C’était misérable, voilà ce qu’il pensait, le regard paumé et les mains un peu tremblantes de ne plus savoir où se placer. Il les croisa finalement sur sa poitrine et, pendant un instant bref il eut l’impression que cette posture lui donnait vraiment de l’assurance. Il n’en avait réellement aucune, il n’était plus qu’un pantin désarticulé, une espèce de misérable morceau de papier prêt à s’élever dès que le vent le déciderait. Mais quitte à sauver quelque chose, autant conserver une once d’apparence. Il allait bien, voilà ce qu’il se répétait inlassablement, pour ne pas tomber au fond du trou. Sentir ses mains retomber si brutalement dans le vide le poussa un peu plus près du précipice. Tout son corps vacillait à présent, à demi penché au-dessus du vide.

Amis. Elle voulait faire de lui son ami.
A cette pensée, Aron ne put s’empêcher d’éclater de rire, comme si elle venait de lui livrer la meilleure blague de l’année, comme si elle venait de lui faire une farce digne du plus grand blagueur. Comme si, finalement, les mots de la jeune femme ne venaient pas de jeter l’ultime coup sur leur relation déjà bien mal amochée.
Bien-sûr, il aurait pu lui sortir le couplet bien fameux, celui où il lui dirait qu’il en avait déjà pleins. La vérité était ailleurs ; car, de toute son existence, il ne s’était jamais senti aussi seul que depuis qu’il était rentré à New-York. A vrai dire, il avait oublié comment tout cela fonctionnait ; comment on faisait pour se réhabituer à un quotidien à la fois si simple et si difficile. Ses amis, pour la plupart, étaient restés sur ce morceau de sable – mais même là-bas, il n’en avait pas eu beaucoup. La raison de tout cela lui faisait face et il se demandait bien pourquoi elle avait choisi cette voie si clichée et à la fois si douloureuse.
Un ami, c’était bien la dernière chose dont il avait besoin, à cet instant. Il ne voulait pas se confier, ni passer ses nerfs sur quelqu’un censé le comprendre. Il les avait d’ailleurs tous repoussés – en vérité, il n’avait eu envie que de voir une personne.
Et il n’avait aucune envie de faire d’elle son amie. Il ne voulait pas être cette épaule sur laquelle elle pourrait se reposer, cette bonne poire sympa toujours disponible pour lui payer une bière, ni même cette personne qu’elle appellerait, de temps en temps, pour lui donner quelques nouvelles bancales et lui promettre de passer le voir, sans jamais trouver le temps de le faire. Lui, il voulait être celui sur qui elle saurait pouvoir compter toujours, celui présent jour et nuit pour la conseiller, la faire sourire, essuyer ses larmes et répondre à ses appels affolés au beau milieu de la nuit. L’âme qui trainerait en pyjama dans son salon le dimanche matin, celle qui ferait cramer chacun de leur repas et qui lui prendrait la tête pour qu’elle achète des bonbons et se gave de glace à ses côtés devant un vieux film en noir et blanc. Il voulait tout ça ; finalement, il la voulait elle à lui tout seul. Ne plus devoir partager avec personne, pouvoir fièrement se venter d’avoir réussit à faire d’elle la sienne, et marcher dans la rue à ses côtés, sa paume réchauffant la minuscule main, le dos droit et le regard fier d’être ce qu’on appelle un couple. Alors non, définitivement, sa proposition ne lui plaisait nullement. Encore une fois, il manqua de s’en aller, les yeux un peu embrumés et le cœur lourd d’une conversation qui, sans jamais toucher au bout, tournait inlassablement en rond. Mais il ne pouvait pas s’en aller. Pas maintenant, pas comme ça. Affrontant adroitement son regard, il l’observa un instant, avant de se voir entrer dans ce drôle de jeu. ❝ Ton… Ami ? ❞ Et son sourire ne pouvait quitter ses lèvres, car à chaque seconde il se souvenait de ce que tout cela pouvait bien signifier. Il le refusait presque autant qu’il en souffrait – c’était bien encore le même sourire franc, mais particulièrement triste et amer. ❝ Comme celui avec qui t’irais boire une bière le samedi soir et à qui tu raconterais ta semaine mouvementée, tes déboires au boulot et ta relation avec ton nouveau petit-ami dont tu serais éperdument amoureuse ? ❞ Il n’en faisait même pas exprès de résumer si simplement cette situation dans laquelle il avait espéré ne jamais se retrouver. Et dans laquelle, bien malgré lui, il se retrouvait piégé – pieds et poings liés, il n’y avait définitivement plus rien à faire. Ça n’avait aucun sens et, pourtant, il lui semblait que rien n’était prêt à s’arranger. Il n’avait jamais voulu abandonner, mais il devait bien se résoudre à accepter – elle ne voulait plus de lui. C’était tout aussi simple que cela. ❝ Désolé, je crois que pour cette fois, j'vais passer mon tour. ❞ Il sentit son regard l’observer une énième fois, mais ses yeux étaient aussi vides que lui. Il n’y avait plus rien à tirer de toute cette conversation, de cette situation, d’elle, et même de lui. La tête baissée, il fit un pas, fatigué de tourner en rond autour d’une ruine qui n’existait plus que dans son cœur à lui.

C’était ce sourire. Ce minuscule rictus, il avait l’impression de le connaitre par cœur et, en même temps, c’était comme s’il le voyait pour la première fois. Peut-être n’avait-elle jamais semblée aussi triste, mais il ne le remarqua pas. A vrai dire, il ne voyait plus grand-chose depuis que ses mots dansaient dans l’air comme de minuscules lumières auxquelles il voulait s’accrocher encore. Il lui avait manqué. Elle avait pensé à lui et, à un moment donné, elle avait espéré son retour. Seulement, entre les deux, elle avait repris sa vie là où ils l’avaient laissé – seule. Elle avait beau lui dire ce qu’elle voulait, avec n’importe lequel des sourires, les faits étaient là, presque plus palpables que leurs deux corps qui crevaient encore de tant de distance. Sans trop savoir pourquoi, il ne se sentit plus vraiment la force de ravaler sa colère, qu’il tempéra néanmoins avec presque trop de facilité. ❝ Tu caches quoi derrière cette porte ? Un petit cocon douillet, un chaton et deux gamins ? ❞ Ça n’avait pas de sens mais, depuis qu’il l’avait rencontré, plus grand-chose n’en avait. C’était presque comme s’il voulait se punir un peu plus en imaginant quelque chose qui risquait d’arriver, dans un futur plus proche qu’il ne l’aurait jamais souhaité. Et il n’était plus invité à passer derrière cette porte.
❝ T’es mariée avec lui, c’est ça ? ❞ C’était ça, sa vraie question. Il voulait savoir jusqu’où cela avait bien pu aller. Il ne l’imaginait pas avoir brûlé les étapes et, pourtant, une part de lui n’attendait que cela. Qu’elle détruise tous ses espoirs une bonne fois pour toute pour qu’il puisse, lui aussi, passer à autre chose. Même s’il n’en était clairement pas prêt, et qu’il n’en avait aucune envie.
Il en était à s’en imaginer le pire, presque certain que ce dernier ne se trouvait pas déjà face à lui. ❝ Et, au fait. T'es pas obligée de dire des choses, si tu les penses pas. ❞
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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron. Dim 19 Avr - 22:02

Holding something we don't need
Aron & Laura

I didn’t know the color blue could hurt me. I didn’t know it felt like breathing in the cold. I didn’t know I wouldn’t be able to breathe. Because when you said that you didn’t mean to hurt me, I noticed it looked like your eyes, and felt like you shot me. When you said I was better without you, you didn’t know that you took the color of the ocean away from me. Now, seeing blue hurts. Blue hurts because it is all that you were to me. Blue was the ocean, the sky, the world- blue was you. ✻✻✻ Elle l’avait perdu. Elle avait perdu en même temps. Pourtant, elle n’avait pas l’impression de se retrouver ni même de gagner quoi que ce soit. C’était comme perdre une fois de plus, parce que, cette fois, elle n’était plus celle d’il y a deux ans, elle était une autre et cette autre-là n’avait pas le même but.
Mais c’était étrange. On ne changeait jamais vraiment, jamais au complet. Elle était un collage imparfait de ce qu’elle avait été et ce qu’elle était devenue. Pouvait-on oublier un tel sentiment? Faire une croix sur quelque chose qui avait été pendant si longtemps la raison de son bonheur? Elle l’avait aimé. Aimé d’un amour qui dévore et embrase, qui fait ranger tout ce en quoi on croit pour le remplacer par la couleur d’un regard. Son monde, pendant trop longtemps, avait été bleu. Bleu de ses yeux, bleu de cette lueur, bleu de son ciel qu’il rendait plus beau par son sourire.
Le ciel n’avait jamais vraiment brillé, durant tous ses jours qui avaient suivi. Son monde avait changé de couleur, mais les traces étaient restées, la tapisserie n’effaçait pas les couleurs qui se cachaient derrière.
Il riait et elle sentait qu’elle avait un peu mal au cœur, elle voulait serrer les poings, elle crevait d’envie de lui fermer la porte au nez. Tu te prends pour qui?
T’es qui, Aron Orphée Rosenberg, pour venir foutre le bordel comme ça? T’es qui, pour croire que j’ai pas mal de partout à la simple idée de te ravoir dans ma vie sans ne pouvoir t’aimer?
Pourquoi j’peux pas m’empêcher de te laisser reprendre la place que t’avais laissée?

Elle aurait voulu qu’il comprenne. Elle aurait voulu qu’il accepte son choix, qu’il ne soit pas amer comme il l’était à cette idée. Elle aurait voulu que ce soit facile.
Mais ça ne pouvait pas l’être, ça ne pouvait pas être facile quand son monde et le sien avaient dérivé sur deux continents différents. Ça ne pouvait pas être facile, parce qu’il la regardait comme si elle était le soleil, mais elle ne voyait plus la lune dans son regard. Ils ne s’aimaient plus comme avant. Il aimait un fantôme, un souvenir, un être qui n’existait plus. Elle n’était plus cette Laura-là. Elle n’était plus la Laura innocente, la Laura qui croyait que l’amour vaincrait et qui n’hésitait pas à poser sa maison dans le cœur d’un autre. « Ton… Ami? » Ton ami? Voulait-elle seulement qu’il soit son ami ou cherchait-elle à faire un compromis qui n’aurait fait plaisir à personne? Peut-être que leur histoire finirait vraiment comme ça. Un point final, amer, qui aurait pu briller du bonheur, mais qui avait été terni par le temps. Il ne pouvait plus être son ami, l’amour, ça réparait ou ça brisait. Ça ne laissait pas la chance à l’amitié. L’amitié, c’était pour ceux qui avaient encore le cœur intact, qui n’avaient jamais été brûlé par le toucher d’une empreinte. Laura, elle savait. Elle savait que c’était idiot, impossible, inconcevable. Elle aurait dû savoir qu’il lui rirait au nez.
Mais elle lui offrait tout ce qu’il lui restait. Elle n’avait plus rien à donner, Laura, il avait tout détruit voilà deux ans de ça.
Ils étaient dans une impasse.
Et Aron le voyait bien, clairement il comprenait, tandis qu’il lui affichait toute la stupidité derrière son idée. Laura sentait qu’elle s’énervait, elle voulait crier, elle avait les mots qui se coinçaient dans le fond de la gorge, la cage thoracique qui se serrait, les poings qui se heurtaient contre ses pensées. « Désolé, je crois que pour cette fois, j'vais passer mon tour. » Qu’avait-elle à dire? Que lui restait-elle à répondre? Elle l’observait, leurs regards s’absentaient, se perdant entre le passé et le présent, à ce moment où leurs vies avaient pris deux chemins différents. Il n’y avait plus de place pour un détour, pour retourner sur leurs pas.

Il lui avait tellement manqué. Elle aurait voulu pouvoir mieux lui expliquer, mettre des mots sur cette absence qui l’avait laissé si souvent tremblante qu’elle en connaissait maintenant chaque facette. Elle aurait voulu lui montrer ce trou gigantesque qu’il avait été, elle aurait voulu pouvoir lui dire comment ses mains avaient cherché pendant des semaines la douceur de ses doigts, comment ses lèvres lui avaient brûlé des siennes pendant des jours, comment elle avait trop souvent pensé Aron aurait trouvé ça marrant avec ce pincement douloureux au cœur.
Il n’y avait pas de preuves pour les blessures au cœur. Elles étaient d’invisibles traces qu’on ne pouvait que croire, qu’on ne voyait jamais, si ce n’était dans l’usure des sourires et les lueurs d’un regard. Il ne voulait pas la croire, il ne croyait plus en elle… et elle n’arrivait pas à lui en vouloir.
Mais il appuyait là où ça faisait mal, il venait toucher là où elle croyait avoir guéri et elle sentait qu’elle serrait encore les poings, que les mots qui s’étaient logés dans sa gorge l’étouffaient de plus en plus.
« T’es mariée avec lui, c’est ça? » Sa question resta dans les airs entre eux, dans cette distance qui semblait les séparer de milliers de kilomètres. Comment pouvait-elle avoir l’impression d’être plus loin de lui maintenant, qu’elle ne l’avait été lorsqu’il avait été au milieu de l’océan? Elle cherchait sur son visage à comprendre, à comprendre comment il pouvait penser qu’il avait si peu compté qu’elle en était déjà rendue là, à essayer de comprendre à quel moment tout avait dérapé comme ça.
Laura glissait, Laura perdait pied. Elle le regardait de ses grands yeux bleus et elle lui en voulait. Elle lui en voulait, même si c’était irrationnel, même si elle était censée le laisser être celui en colère. Elle était furieuse qu’il croit ça d’elle, furieuse qu’il la regarde comme ça, furieuse de lui, furieuse d’elle-même, furieuse d’eux. « C’est vraiment ça que tu crois? » Une grande inspiration entrait dans ses poumons, ses mains s’élevaient dans les airs, volant avec ses paroles. « Est-ce que c’est ça qu’tu voudrais, Aron? Ça te plairait bien, hein? Ce serait tellement plus facile comme ça. La jeune qui, dès que son amant est parti, est tout de suite aller se trouver un autre mec. Et cette fois, c’était facile; il n’était pas marié, n’avait pas d’histoire d’ex et toutes ses conneries. Même, peut-être qu’on pourrait dire qu’il était riche? Comme ça, tu fais vraiment pitié, tu sais. Je suis la méchante sorcière et toi t’es le pauvre prince qui ne méritait rien de tout ça. » C’était à son tour de rire, un rire amer, tandis que sa main passait dans ses cheveux, elle fermait les yeux, s’enflammant un peu plus. « T’as tout compris, Aron, t’es mort et j’me suis mariée. J’ai adopté deux p’tits chinois et même un foutu chaton gris. T’étais plus là, mais on s’en fout, hein? J’en avais rien à foutre, c’était tout le reste qui était important, la famille idéale et le chat. » Elle n’arrivait toujours pas à croire qu’il avait osé lui poser la question. N’arrivait pas à comprendre, n’arrivait pas à saisir comment il la voyait.
En fait, peut-être qu’ils n’avaient jamais eu l’occasion de vraiment se connaitre. Peut-être qu’ils s’étaient tellement aimé qu’ils avaient été aveuglé par cet amour-là.
C’était comme s’il mettait un voile noir sur tout ce qui l’entourait. Ses derniers mots la poussant à fermer les yeux, elle lui tourna le dos, crevant d’envie de crier, de frapper, de laisser cette foutue rage qui l’envahissait, qui la rendait dingue. Pourquoi n’arrivaient-ils plus à se comprendre? Ses ongles pénétraient dans la paume de ses mains, la douleur n’était plus que la dernière chose qui la ramenait sur Terre. « D’accord, je crois qu’on a plus rien à s’dire. » La vérité. La vérité qui lui avait fait mal à dire, qui avait été si longtemps un boulet. Elle lui disait tout et il croyait qu’elle mentait. Il avait définitivement tout perdu, même sa confiance en elle.
Elle se retourna vers lui une dernière fois. Elle trouva son regard bleu aux allures d’azur et, cette fois, elle comprit. Il ne resterait plus, son ancienne place n’était pas la bonne et il n’en voulait pas de nouvelle. Ça ne pouvait pas fonctionner, ça ne pouvait pas aller et c’était la simple vérité. « Tu peux t’en aller, Aron. J’te retiendrai plus. Ça sert à rien. » Tu m'as manqué comme personne ne m'a jamais manqué, mais t'es plus cette personne-là, toi non plus.



✻✻✻
CODES © LITTLE WOLF.
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Message(#) Sujet: Re: words are knives and often leave scars, aron.

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